jeudi 21 avril 2016

Demain Pessah

Demain c'est la fête de Pessah qui commence, ça fera ma septième depuis notre retour en France, je ne pensais pas qu'il y en aurait autant et j'ai bien peur qu'il n'y en ait encore d'autres, même si on commence à parler un peu plus de retour qu'avant. 

Il y a un nouveau paramètre à prendre en compte, c'est ma petite fille qui a fêté ses 2 ans et même si je ne la vois pas beaucoup je sais qu'en 2 h 30 de temps je peux être à côté d'elle et j'ai vraiment besoin de la voir grandir et de jouer mon rôle de mamie. 

Autant avouer que je suis perdue, une énorme envie de retourner là bas parce que ça me semble vital et que ce pays me manque trop et de l'autre côté je ne veux pas laisser les enfants, peut-être parce que je vieillis et que je ne pense pas faire de vieux os. J'ai donc envie de profiter d'eux un maximum, on ne peut pas m'en vouloir là dessus.

J'ai décidé de ne plus me poser de questions, d'essayer de ne plus y penser mais ça me taraude continuellement et c'est vraiment chiant !! 

En attendant je suis dans les préparations de Pessah, rien à voir forcément avec ce que je faisais en Israël. Le ménage est plus succinct. J'ai pris 3 jours de congés pour nettoyer l'essentiel et demain pour cuisiner un peu, surtout du sucré.

Le binôme est allé en Belgique chercher les courses, c'est cher, ils abusent, après ils se plaignent que beaucoup de juifs ne mangent plus casher et ne font plus les fêtes. En Belgique ça reste néanmoins moins cher qu'en France et notre boucher à Anvers a des prix tout à fait corrects, il est très commerçant et adorable. Par contre, à la makolete, un paquet de simples biscuits à plus de 8 €uros faut quand même pas exagérer et je n'ose même pas te parler des prix des gâteaux chez les pâtissiers renommés. Les prix sont triplés, voire plus, je trouve ça honteux !! 

Le seder de demain soir n'aura pas la saveur des seder d'antan, on est seuls, on écoutera le binôme nous réciter la hagada, on fera les mêmes gestes et on se dira que peut-être l'année prochaine à Jérusalem, tout en sachant que ça ne se produira pas.

Allez, inutile de s'apitoyer, Pessah c'est une fête, c'est la liberté du peuple hébreu enfin retrouvée, une liberté durement acquise, on va fêter ça, je m'en vais fouiner sur le net pour trouver de bonnes recettes !!

Hag Pessah Sameah !

dimanche 10 avril 2016

Esther *

C'était certainement la plus brillante de notre classe d'Oulpan. Lorsque nous en étions encore à tenter de comprendre comment fonctionnaient les racines des mots elle était déjà passée à autre chose, lorsque nous rendions des copies incomplètes, les siennes débordaient de réponses, elle avait une capacité de réflexion largement au dessus de la moyenne et elle m'épatait.

Elle avait fait son aliya en été 2001 avec son mari et ses 3 enfants, une aliya de coeur, de choix, avec un idéal comme la plupart d'entre nous. 

Ils avaient tout laissé en France, vendu leur maison, lâché de bons boulots, c'était un départ sans retour. Elle avait, dans ses bagages, un diplôme de pharmacienne qu'elle devait faire reconnaître par l'état parce qu'elle comptait bien exercer une fois son oulpan terminé.

J'ai tout de suite apprécié ce couple parce qu'ils étaient sympathiques, ouverts, on pouvait parler de tout et on avait pas mal de points communs.

Ils avaient acheté une maison sur plan mais la maison n'était pas terminée.   A leur arrivée, ils avaient été obligés de louer un appartement en attendant que la maison soit habitable et ça traînait un peu en longueur !! 

Je me souviens de ses cheveux bouclés, de ses jean's et sweat et de ses grands yeux pétillants de vivacité. J'aimais son intelligence et la trouvais tellement brillante. Je ne lui ai jamais dit. On ne se voyait qu'en cours, on venait tous d'arriver et il nous fallait reconstruire une nouvelle vie, avec nos enfants respectifs et gérer les aléas d'une aliya, on avait pas beaucoup de temps pour autre chose que l'essentiel, et l'essentiel était de s'installer, d'apprendre la langue et pour certains de se trouver un nouveau job.

Lors des récréations on rigolait beaucoup, on mangeait aussi, c'était sympathique même si parfois on avait envie d'être ailleurs, de profiter de la mer et du ciel bleu. Au bout d'un mois je la trouvais triste, ils arrivaient souvent en retard en cours, elle avait les yeux rougis, un tas de problèmes avec la maison à régler, elle se languissait de se retrouver enfin chez elle mais les travaux n'avançaient pas et puis un des enfants avait des problèmes à l'école et n'arrivait pas à s'habituer à cette nouvelle vie.

Par pudeur peut-être je n'osais pas poser de questions, moi aussi j'avais du mal à trouver mes marques, je crois qu'une bonne partie de la classe en était au même point. Une aliya c'est un grand bouleversement et ça ne se fait pas du jour au lendemain. Le problème c'est que personne n'ose le dire ouvertement, comme si c'était une tare. Il faut toujours faire semblant que tout va bien, que ça y est, on est à la maison et que dorénavant la vie sera un long fleuve tranquille. 

Elle a quand même lâché quelques informations, ce n'était pas simple, en France la vie était bien réglée, le boulot, l'école des enfants, la famille, tout fonctionnait comme sur des roulettes mais ici tout était tellement compliqué. Son diplôme n'était toujours pas validé, elle avait passé des examens pour confirmer, l'emménagement dans la maison était toujours repoussé, elle ne supportait plus l'appartement. Son fils ne s'adaptait pas..... Elle ne voyait pas sa vie comme ça....

Je tentais de la rassurer,  il faut du temps, on finirait pas s'habituer et se sentir chez soi, c'était un nouveau départ, il fallait tout recommencer et la langue était une sacrée barrière mais on allait y arriver, surtout elle, elle était tellement douée. 

La livraison de sa maison l'a quelques temps apaisée mais d'autres problèmes sont venus se greffer que je ne connais pas. Je l'ai perdue de vue, j'ai arrêté l'oulpan parce que ça me gavait (je le regrette aujourd'hui) et elle a continué dans des classes supérieures.

Un jour alors que je partais faire mes courses je l'ai croisée sur le trottoir. Je ne l'ai pas reconnue, le sweat et le jean's avaient laissé place à la jupe longue, il n'y avait plus de bras dénudés et la tête était couverte. Ca m'a interpellée. 

Des amis qui fréquentaient la même synagogue qu'elle m'ont informée qu'elle avait plongé a fond dans la religion, refusant même dorénavant d'embrasser ses amis masculins. Je n'en revenais pas, pas elle, ce n'était pas possible, elle était trop libre, trop libérale pour franchir ce pas. 

Je n'ai rien contre les très religieux, chacun sa route, chacun ses opinions mais les extrêmes me font flipper et la religion à outrance me fait peur.

Ca m'a stressée de la voir comme ça mais je me suis dit que c'était son libre choix et que je n'avais pas le droit de la juger. 

J'ai pensé à elle tout à coup ce matin en passant l'aspirateur. J'aime laisser mon esprit vagabonder quand j'effectue des tâches ménagères, parfois je pars très loin, dans des paysages magnifiques, ou les montagnes se mirent dans une mer très salée, d'autres fois je remarche dans mes premiers pas là bas.....

J'espère qu'elle a trouvé le bonheur qu'elle cherchait, c'est tout ce que je lui souhaite.

* le prénom a été volontairement changé