dimanche 16 août 2015

263 Prinsengracht - Amsterdam



"Un jour cette horrible guerre se terminera
enfin un jour nous pourrons être des êtres humains et pas seulement des juifs"
Anne Franck - 11 avril 1944



C'est un des lieux les plus visités d'Amsterdam, on a du mal à y croire et pourtant il faut se rendre à l'évidence, plus de 250 m de file d'attente et il paraît que c'est coutumier. Nous sommes les derniers au bout de la file mais nous ne le resterons pas longtemps.... autour de nous on entend parler espagnol, Italien, anglais, Néerlandais et même hébreu.

Nous allons passer plus d'une heure trente à attendre et avancer à la vitesse de l'escargot pour enfin parvenir à l'entrée de cette maison que je souhaite visiter depuis très longtemps. 

Plusieurs sentiments s'entremêlent quand on pénètre dans ce lieu et moi qui d'habitude suis si réceptive, il me faut attendre d'arriver sur le palier où se trouve la bibliothèque pivotante qui masque l'entrée de la cachette (qui est appelée aussi l'annexe) pour ressentir mes premières émotions et quand on pénètre dans la cachette il faut bien avouer que ça chamboule un peu.

Les pièces sont froides et plongées dans l'obscurité car toutes les fenêtres sont recouvertes d'un papier noir afin que l'appartement ne soit visible de nulle part.
Les pièces n'ont plus de meubles parce qu'après l'arrestation des familles, les nazis ont tout vidé. Lorsqu'en 1960 l'annexe est devenu un musée, Otto Franck, le papa d'Anne (seul survivant de la déportation) a souhaité que les pièces restent vide parce que ce vide symbolise l'absence laissée par les déportés. Il a fait fabriquer des maquettes afin que les visiteurs puissent visualiser l'aménagement de la cachette. 

Quand on a lu le livre, on arrive parfaitement à imaginer ; les actions ou conversations d'Anne Franck nous reviennent en mémoire et tout à coup on se rend compte qu'on déambule dans la cachette qui a abrité les 2 familles qui fuyaient les nazis. On n'est plus dans le livre d'Anne Franck, on est bien dans l'endroit, une réalité qui nous ramène plus de 70 ans en arrière,  on foule le sol qu'elle a foulé, on pose ses mains sur les murs de sa chambre ou elle a collé les photos de ses artistes préférés, certaines subsistent encore. On pose les yeux sur le vieux poêle qui n'a pas du beaucoup les réchauffer, il y a l'évier de la cuisine, le lavabo de la salle de bains, il reste même les Wc.... puis il y a la sous pente du grenier ou Anne aimait se réfugier pour rêver... la pièce est intacte, des vieux meubles y sont entreposés mais on ne peut pas y monter... on peut juste apercevoir une partie de ce grenier en se postant au pied de l'échelle. Combien de fois Anne l'a t'elle emprunté ?

8 personnes d'âges différents enfermées 24 heures sur 24 dans la pénombre, 7 jours sur 7, des mois, des années.....interdiction de faire du bruit durant la journée pour ne pas attirer l'attention des employés qui s'affairent en dessous dans l'entreprise d'Otto Franck et qui ignorent tout de leur clandestinité.

8 personnes qui doivent composer ensemble, dans une promiscuité perpétuelle, sans aucune intimité, 8 personnes qui vivent constamment la peur au ventre parce qu'elles redoutent d'être découvertes et arrêtées.

8 personnes qui dépendent les unes des autres mais surtout de 4 employés qui sont dans le secret, 4 employés qui sont chargés de les nourrir, de les protéger, de leur donner du courage et de l'espoir.... 

Et il y a Anne Franck,  une jeune fille talentueuse et courageuse qui ne peut pas vivre sa vie comme les autres adolescentes de son âge, alors elle s'évade en écrivant, c'est sa seule thérapie qui l'aide à affronter cet enfermement forcé. Cet enfermement qui lui permet de se maintenir en vie, pour une heure, un jour, un mois, une année ou peut-être pour toujours.  Elle ne baisse jamais les bras et elle dit "quand j'écris je me débarrasse de tout, mon chagrin disparaît mon courage renaît".

Sur un journal qui lui a été offert pour ses 13 ans,  Anne Franck noircit les pages, jour après jour elle raconte et décrit sa vie dans la cachette parce qu'elle veut, après la guerre, que cette vie soit connue de tous.

Dans l'annexe, le livre devient plus que réalité, s'il n'y avait pas tant de monde en train de tournoyer dans les différentes pièces, peut-être même qu'on pourrait entendre Anne Franck murmurer "faire du vélo, danser, siffler, découvrir le monde, me sentir jeune, savoir que je suis libre, voilà à quoi j'aspire"....

Le 4 août 1944, Anne et sa famille sont arrêtés, ils ont été dénoncés, par qui ? le mystère demeure... certains disent que c'est un voleur qui est entré dans l'entrepôt en dessous, il a entendu du bruit et prévenu la police,  d'autres pensent que la dénonciation viendrait de la famille d'un des 4 protecteurs..... 

Le 3 septembre 1944 les 8 personnes sont déportées.... Otto Franck sera l'unique rescapé.

Le 05 avril 1944 Anne écrivait "Je veux continuer à vivre, même après ma mort".... elle ne saura jamais à quel point son voeu est accompli, son journal fait partie des livres les plus lus dans le monde entier et sa maison transformée en musée ne désemplit pas.

Anne Franck est toujours là dans les photographies, les court métrages, les objets et je la vois écrire son journal ici au 263 Prinsengracht, une belle bâtisse qui surplombe le canal par un beau jour d'été. 



En face de la bâtisse du 263 Prinsengracht

14 commentaires:

  1. Je lis pas mal de livres sur la seconde guerre mondiale et la déportation, mais je n'ai jamais eu le courage de lire le journal d'Anne Franck. Pas eu l'occasion ou quelque chose qui m'arrête. Je ne peux pas l'expliquer

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    1. Tu peux le lire sans soucis, il est lu dans les collèges et lycées, il n'y a pas de violence dedans, sauf peut-être une violence psychologique due à cet enfermement et à cette vie à plusieurs dans une cachette. C'est une belle leçon d'espoir qui est délivrée par Anne Franck, c'est un beau livre....

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  2. en 1996 nous étions à Amsterdam, sa maison était fermée hélas pour travaux.

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  3. Ah, le journal d'Anne Franck, ce n'est pas "un livre sur la seconde guerre mondiale" c'est le journal d'une jeune fille qui vit au jour le jour, comme elle le peut, dans un monde en guerre, un monde dans lequel "le Juif" est le peuple à abattre. Mais elle ne comprendra jamais pourquoi.
    Ce livre, je l'ai lu quand j'étais ado et j'en ai gardé un souvenir fort, sachant que ce n'était pas un roman, mais une histoire vraie.
    Merci Ysa de m'avoir fait découvrir sa maison. Ton "reportage" est parfait, les photos sont belles....
    Il faut lire ce livre ! vraiment !

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    1. Oui je l'ai lu étant jeune et je l'ai relu plus tard quand je devais avoir 25 ans.... on l'avait tous lu en visitant le musée, sauf Rébecca, à mon grand désespoir elle lit très peu, c'est dommage, elle ne me ressemble pas sur ce coup là

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  4. J'ai visité la maison d'Anne Franck, je voulais voir l'arbre qu'elle voyait de sa fenêtre, la municipalité a essayé de le sauver mais je crois qu'il a été abattu, j'ai relu la version intégrale, celle où elle se plaint de sa mère et de son environnement. La foule est peu nombreuse, j'ai pu regarder les photos des vedettes de cinéma de l'époque et visiter le musée de l'extrême droite juste à côte où figure Le Pen en bonne place...

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    1. C'est marrant parce que je me suis fait la même réflexion avec l'arbre... je ne l'ai pas vu et je l'ai cherché aussi... j'avais envie de relire le livre mais je l'ai passé à ma fille il y a longtemps et il est dans sa bibliothèque, je lui ai passé aussi le livre de Miep Gies "elle s'appelait Anne Franck".. j'ai regardé les photos des vedettes mais comme il y avait du monde je n'ai pas pu bien m'attarder et c'est ça qui est dommage....

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  5. je ne connaissais pas en vrai du moins en photo !!!! merci !

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    1. C'est juste la bâtisse (que je n'imaginais pas comme ça d'ailleurs) parce que dedans on n'a pas le droit de photographier. Certains ne se sont pas gênés pourtant, mais moi je n'ai pas osé... peut-être tout simplement pour respecter le lieu....

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  6. Tu m'as donné le frisson et J'Y ETAIS en lisant ton texte ...!

    Gros bisous ma Havera et douce journée.

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    1. Je suis contente d'avoir pu visite la maison même si je suis un peu frustrée, j'aurais aimé pouvoir m'attarder beaucoup plus mais avec la foule ce n'était pas évident.... puis j'étais trop ancrée dans le livre aussi....

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  7. Dommage qu'il ne soit pas possible de prendre des photos du dedans mais un peu compréhensible finalement
    il faudra qu'on y aille aussi un de ces jours
    bises
    le Lion

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    1. Oui c'est compréhensible mais quand on a lu le livre, on a envie de retrouver tout ça, du coup on est un peu frustrés, même si on arrive à imaginer.

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