jeudi 18 décembre 2014

Un morceau de bonheur

Nous avions ce projet, nous l’avions dès notre retour en France mais les choses ne vont pas toujours comme on en a envie, il y a tellement de paramètres qu’on ne maîtrise pas.

Il y a tout juste un an j’ai jeté l’éponge, j’en avais marre de faire des expositions et mon chiffre d’affaires de décembre avait baissé de plus de 40 % par rapport à l’année précédente.

J’ai cherché à reprendre mon activité normale, à savoir ce que je sais faire le mieux mais là aussi les portes étaient fermées. Trop vieille pour certains, trop expérimentée pour d’autres qui voulaient des jeunes pour pouvoir les « driver «  je me suis dit qu’à 51 balais on était plus bon à rien et j’ai un peu sombré, sans jamais laisser paraître quoi que ce soit…..

J’ai la chance d’avoir un binôme qui ne baisse jamais les bras, il se fixe des objectifs et fait tout pour les atteindre. Il déplace des montagnes, défonce les portes, il a un moral d’acier et une capacité d’action qui me déroute…. Un petit coup de chance a fait le reste…

Je ne voulais plus m’engager, il l’a fait à ma place, il est retourné faire des stages (il a 63 ans et il est à la retraite), il a essuyé des refus parce qu’il était trop vieux, on lui a dit qu’il n’avait qu’à se contenter de sa retraite, qu’à son âge on n’entreprend plus, on doit se reposer, on lui a dit que c’était un job de femme et pas d’homme…. La France là-dessus est encore trop arriérée…

Pourtant rien ne l’a arrêté et là ou j’aurais déjà lâché l’affaire mille fois, il a persévéré. On lui fermait la porte, il rentrait par la fenêtre. Je n’ai pas cette force, je l’ai eue étant jeune, je ne l’ai plus, parfois je me demande comment on peut changer à ce point.

Si tout se passe comme prévu, nous sommes à J-3 , c’est la dernière ligne droite, on bosse beaucoup, on dort peu, il y a tellement de choses à penser, à prévoir, à préparer, il faut passer par là pour comprendre ce que c'est.... 

Je ne sais pas si c’est bien d’entreprendre vu la situation économique, j’ai envie de dire que seuls ceux qui ne font rien ne se trompent jamais. Des amis disent que nous sommes cinglés, d’autres saluent ce courage ou peut-être cette inconscience....

J'’avais besoin de retrouver un statut social, de me lever le matin pour aller faire quelque chose,  d’arrêter d’être montrée du doigt parce que j’avais pu bénéficier d’une retraite minima en tant que fonctionnaire parce que j’avais bossé plus de 15 ans avec trois enfants.

A  51 ans on peut encore faire plein de choses, on a des idées , une expérience, un vécu que peut-être les plus jeunes n’ont pas. On vient d’une génération de bosseurs ou les heures ne nous font pas peur.

Nous n’avons pas le droit à l’erreur, nous sommes condamnés à ce que ça marche et c'est dans cette optique que je vais avancer.... 

Je ne suis pas très présente sur vos blogs depuis un bout de temps, je ne posterai peut-être pas jusqu’à la fin de l’année, ne m’en veuillez pas,  il faut que les choses se mettent en place, que je trouve de nouvelles marques et une nouvelle organisation., je suis pleine d’espoirs et de doutes aussi….


Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année, et vous dit à bientôt.

lundi 8 décembre 2014

Sombre comme...

Le train ralentit, il entre en gare, nous avons profité pour sauter, je ne sais pas comment on a fait mais on se retrouve en train de rouler dans des herbes hautes et humides. Le jour se lève à peine, les arbres de la forêt voisine sont encore enveloppés de brume.

En me réceptionnant j’ai du heurter un caillou, j’ai mon pantalon troué et mon genou écorché vif, il me fait mal mais curieusement je ne le sens pas. Je cherche ma compagne d’infortune, je ne la connais pas, nous nous sommes retrouvées embarquées dans ce train et je ne sais pas comment ça c’est passé. Nous sommes là c’est tout…

Je l’appelle doucement, je ne connais pas son prénom, je ne devine même pas son visage… je ne devine pas le mien, je sais simplement que c’est moi, j’aperçois juste mon genou et sa large plaie rouge vif, je n’ai toujours pas mal.

Ma compagne me dit qu’il ne faut pas rester là, on doit avancer vite fait vers la forêt pour se cacher. Je ne veux pas bouger, je lui dis qu’avec les herbes hautes personne ne nous verra. Elle a peur qu’on nous aperçoive du train, elle a peur que le train s’arrête en gare et que les hommes en uniforme descendent pour nous chercher.

Quelque chose me dit que je dois rester là et attendre que les choses se calment mais elle insiste, on doit se lever doucement et courir vers la forêt, là bas on sera à l’abri, là bas il y a les arbres, c’est plus prudent.

Je regarde de l’autre côté de la voie ferrée, mon 6 ème sens me dit d’attendre et qu’une fois le train passé on pourra traverser. Je suis terrorisée, j’ai l’impression de peser une tonne, mes gestes sont lents et lourds, ma respiration haletante.

Ma compagne rampe jusqu’à moi et se lève pour courir vers les bois, je n’écoute pas mon instinct, j’ai trop peur de rester toute seule, je lui emboite le pas….

La forêt est dense et froide, je ne m’y sens pas en sécurité, ma compagne me dit « on a réussi »… je me demande ce qu’on a réussi, on est quelque part au milieu de nulle part, il fait froid, mon genou commence à me faire mal et j’ai mon cœur qui fait des bonds.

Je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur quoi que ce soit, je sens le canon d’un révolver sur ma tempe et des ordres hurlés en Allemand. Je me retourne et devant moi un soldat au regard glaçant. Je ne vois que ses yeux, ils sont haineux, je vais mourir je le sens…..

J’ouvre les yeux, je ne peux plus respirer, j’ai des suées mais je suis réveillée, ce n’est qu’un cauchemar, il est 3 h 47, je balaie ma chambre du regard, c’est bien un rêve……  le chat me regarde bizarrement, mon binôme dort tranquillement, il fait encore nuit et mon genou n’a pas une seule égratignure.


Je n’ai pas réussi à me rendormir, ce soir encore j’y pense… c’est terrible comme certains rêves peuvent nous affecter….