mardi 22 janvier 2013

La trouille


Quand j’étais petite j’avais peur de la nuit. J’étais une enfant turbulente et peut-être que pour canaliser mon énergie débordante, le seul moyen que mes parents avaient trouvé c’était de m’impressionner avec une méchante fée  qui s’appelait Carabosse et qui venait chercher les enfants pas très sages pendant leur sommeil… 

Visiblement ça marchait tellement bien que j’appréhendais toujours le moment où la nuit commençait à tomber parce que j’étais persuadée que cette marâtre viendrait m’alpaguer et me rappeler mes bêtises du jour.

Un soir j’ai su que cette fée n’existait pas mais ça n’a pas pour autant calmé la peur que j’avais quand il faisait nuit. J’ai eu des peurs terribles qui m’empêchaient de dormir, des angoisses et terreurs nocturnes, et cela m’a suivie durant mon adolescence et même une partie de ma vie d’adulte. Je me suis fait la promesse de ne jamais raconter de telles inepties à mes enfants et je m’y suis tenue.

Ca a pas mal bouleversé mon quotidien, mon premier mari partait en déplacement et c’était l’horreur lorsque j’étais seule parce qu’il fallait gérer cette peur et ne pas la communiquer aux enfants. Aux premiers déclins du jour, je me barricadais dans la maison, j’allumais toutes les lumières et  guettais les bruits extérieurs, c’était infernal, sans compter que l’angoisse m’empêchait de trouver le sommeil, je suis de ce fait devenue insomniaque durant de longues années et j’ai consommé plantes, tisanes et somnifères !!! 

Rien n’a changé avec mon binôme qui lui aussi se déplaçait souvent, il fallait alors essayer de trouver le sommeil et seuls les somnifères en venaient à bout. Un jour j’ai jeté les somnifères et j’ai pensé que le sommeil finirait bien par triompher, ça a pris des mois entiers.

Aussi paradoxal que cela puisse être, j’ai apprivoisé la nuit lorsque je suis partie vivre en Israël. La première fois que le binôme est rentré en France pour le boulot, cela m’a paru insurmontable,  je suis restée seule 5 nuits dans la grande villa avec les deux filles et le york qui aboyait au moindre bruit et si les premières nuit ont été difficiles, je ne saurais expliquer pourquoi et comment, au fil du temps cette peur s’est estompée. Je ne me souviens pas du moment exact ou j’ai pu affronter la nuit tout naturellement en pensant que c’était une étape normale et qu’il ne se passait rien de particulier mais J’ai trouvé les nuits israéliennes très apaisantes et je n’ai plus jamais eu peur, me surprenant même à avancer dans l’obscurité la plus totale sans avoir idée d’allumer. Je n’avais plus peur non plus de sortir dans le jardin ou même dans la rue.

Vers 7 ou 8 ans, J’ai eu peur du garde champêtre, ça c’était une idée de Metche !!!  Lucien de son petit nom enfourchait quotidiennement son vélo pour se rendre à la mairie. J’avais le déplaisir de le voir passer matin, midi et soir et si je n’étais pas sage, Metche menaçait de sortir pour lui raconter mes frasques. J’étais impressionnée par l’uniforme et comme je connaissais ses heures de passage, je m’arrangeais toujours pour être d’une gentillesse exemplaire…. Juste le temps de le laisser passer et de le voir s’éloigner….

J’ai eu d’autres peurs, quand on est enfant on est toujours plus ou moins effrayé par l’extérieur, par l’inconnu, par des choses que l’on voit à la télé ou des discussions que l’on entend et en grandissant on s’endurcit, on apprend la vie, on apprend à maîtriser, à gérer et parfois à vivre avec  et on se dit qu’en vieillissant on acquiert une assurance et une maturité qui font que l’on a plus peur de rien.

Me concernant et peut-être grâce à mon aventure Israélienne je dois avouer que plus grand-chose ne me fait peur depuis quelques années….. mais ça, c’est ce que je croyais…..

Depuis notre retour en France, nous avons enterré pas mal de nos proches.

Depuis décembre, nous en sommes au troisième décès et voilà que dimanche matin, mon fils nous appelle en pleurs pour nous annoncer le décès du papa de sa compagne, un beau père en or avec qui il avait passé la journée du samedi à bricoler, quelqu’un de vraiment très gentil  que l’on connaissait bien puisque nous avions eu l’occasion de partager des repas ensemble, nous avions même convenu de partir aux sports d’hiver peut-être l’année prochaine parents et enfants au complet.

J’ai réalisé que le beau père de mon fils avait l’âge de mon binôme et que ça n’arrivait pas qu’aux autres. Depuis Dimanche, cette idée m’obsède et je suis en panique en pensant qu’un jour la mort viendra frapper chez moi aussi. Je n’ai pas peur de ma propre mort, à vrai dire ça ne me stresse pas plus que ça, ça viendra quand ça viendra…. Je pense que tout est écrit et qu’on a beau faire, quand la grande faucheuse arrive, on ne peut pas y échapper.

Ce qui me hante et me terrorise c’est l’idée qu’un jour mon mari parte avant moi parce qu'il a 12 ans de plus (J’occulte complètement l’éventualité d’un départ d’un de mes enfants parce que pour moi c’est inconcevable et je ne veux même pas l’envisager). Egoïstement je me dis qu’il serait bien que je parte avant lui, parce que je ne me sens absolument incapable d’affronter la situation. Depuis Dimanche je me fais des films, c’est une idée fixe et c’est très pénible, un psy deviendrait fou rien qu'à m'écouter !! 

Et revoilà cette trouille que j’avais oubliée….Comme si tout à coup ce décès l’avait réveillée. J'espère qu'elle n'est nourrie que par cet évènement et que ce n'est que passager sinon ça va bien m'empoisonner.

Finalement je me dis que je serais bien allée danser avec la fée Carabosse, visiter la cage à loups ou encore grimper derrière le vélo de Lucien !! 

Bon d’accord c’est pas drôle mon "post" mais ça fait pourtant partie de la vie et moi là tout de suite, ça ma fait flipper !!

14 commentaires:

  1. Je te comprends. Ca m'a fait la même chose quand ma baby sitter a perdu sa mère du jour au lendemain. Elle s'est levée du canapé et est tombée "raide morte" foudroyée par un avc. Elle avait 42 ans. Je ne la connaissais pas plus que ça mais depuis ce temps (6/7 ans) je pense régulièrement à elle me disant que la vie est très fragile...
    Suis comme toi, mes enfants c'est inconcevable

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    1. Plus les gens sont jeunes et plus ça nous marque forcément. Je pense que cette peur est liée aux évènements récents et ne sera que passagère.

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  2. C'est pas drôle mais il faut bien y penser, moi c'était cette nuit, l'approche de mes 70 ans me trouble un peu

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    1. Parfois l'âge ne veut rien dire, 70 ans c'est pas vieux, plus maintenant en tout cas....

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  3. Tu sais qu'avoir peur de son ombre, c'est mauvais pour le coeur.
    Du coup c'est lui qui devrait avoir peur de dormir tout seul...

    Non mais, t'as pas fini de dire des bêtises.
    Bon, OK, on va tous mourir.
    Mais tu es si pressée ?

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    1. Ca faisait un bail que je n'avais plus peur de mon ombre, mais là avec tout ça suis un peu perturbée et comme je me barre vite en vrille ça prend des proportions impensables.... mais ça va rentrer dans l'ordre... je l'espère...
      Nan suis pas pressée de mourir mais je voudrais mourir de mon vivant !! (dixit Coluche)

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  4. Quel idée de faire peur ainsi aux gosses.... Bel après midi avec bises

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    1. C'est toujours ce que je me suis dit, il y a des enfants que ça ne fait pas réagir plus que ça mais il y en a d'autres que ça marque.

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  5. d'accord avec Patriarch, après on devient des angoissés de la vie (dont je suis bien sûr)

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    1. Je me demande si les angoisses c'est pas typiquement féminin !!

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  6. J'avais zappé toutes mes angoisses en Israël parce que là bas la mort est présente à chaque instant, même pendant la deuxièmed intifada, j'ai vécu normalement, l'angoisse est revenue avec la mort de proches, tu vois, on se ressemble un peu...heure-bleue

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    1. Parfois là bas on à l'impression d'être hors d temps et je crois qu'on vit l'instant présent, sans penser à l'après, parce qu'on sait qu'à chaque instant il peut arriver quelque chose, on vit plus à fond, du coup on ne pense à rien d'autre.

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  7. Je ne me souviens pas que tu avais des insomnies étant petite ni même adolescente... si je me rappelle bien.... j'avais souvent tendance à t'empêcher de dormir en n'arrêtant pas de parler jusqu'à des heuress pas possible ;-) ;-) mdr
    Moi aussi je pense souvent à la faucheuse mais j'essaie de ne pas rester bloquer sur cette idée.
    gros bisoux Me Kind
    Le Lion

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  8. Ah bein ça pour m'empêcher de dormir je confirme !!! J'ai eu beaucoup de peurs avant de m'endormir étant ado...et des insomnies ensuite dans ma vie d'adulte mais par période, sauf entre 1996 et 1998, ou là c'était permanent et où j'étais obligée de me shooter. Ensuite ça a été par intermittence. Là depuis 8 jours je me réveille dès 4 h 00 du matin et je ne me rendors pas, c'est épouvantable, suis naze et en plus ça me file des migraines, mais je ne prends rien, ça va rentrer dans l'ordre.

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