dimanche 27 novembre 2011

Robert


Il est 10 h 20, le salon Beauté et Bien être vient d’ouvrir ses portes et déjà les premiers clients se pressent. Je suis en train de faire une facture lorsque mon portable sonne, c’est Jules qui décroche et au bout du fil, c’est notre fournisseur Israélien. 

Le dialogue se déroule en hébreu ce qui bien vite attire l’attention des visiteurs mais surtout des exposants voisins. Toujours occupée avec ma cliente, je vois un couple d’un stand en diagonale du nôtre nous regarder et j’entends murmurer « mais oui, il parle en Hébreu ».

Bien vite l’exposant vient nous voir, « je vous ai entendu parler en Hébreux, vous êtes Israéliens ? Nous habitons Ashdod avec mon épouse. Mon cœur bat la chamade, des compatriotes là sur le stand de cette exposition c’est à peine croyable. 

Bien vite nous lions connaissance et je suis tellement heureuse de rencontrer des Israéliens que je laisse choir les clients qui attendent patiemment qu’on vienne leur donner des explications. Heureusement que mon binôme est là.

Je m’appelle Robert, on a fait notre aliya il y a plus de trois ans maintenant et j’ai hâte de rentrer en eretz parce qu’ici tout me pèse, dans 3 semaines on rentre chez nous, j’ai accompagné ma femme pour le boulot. On fait des allers retours pour les expositions.  Il dit ça simplement et posément et le « j’ai hâte de rentrer en eretz » réveille les battements de mon cœur, Robert ne sait pas que moi aussi j’ai hâte de rentrer, que moi aussi tout me pèse, mais que pour l’instant ce n’est pas à l’ordre du jour…. Forcément ça me rend triste.

Robert me parle d’Ashdod qui a bien changé, je connais tous les endroits qu’il me décrit puisque j’y ai vécu un peu plus de trois ans. Je visualise l’appartement ou il vit dans le quartier de Tel Haï, il me donne les dernière nouvelles et l’on se rend compte à quel point le monde est parfois petit, on a des connaissances communes là bas.

Robert s’anime quand il parle d’Israël, c’est magique et il m’entraîne avec lui dans ce pays que j’ai quitté il y aura bientôt deux ans. Puis il m’annonce timidement qu’il n’est pas juif, j’ai envie de lui dire que ça ne se voit pas et que peu importe sa religion parce que lorsqu’il parle d’Israël c’est son cœur que l’on entend et il s’en dégage une intense émotion. 

Quand Robert parle d’Israël, il a des étoiles plein les yeux et du soleil dans la voix.  Quand il explique tout est magique. Robert nous berce avec des mots sublimes et on sent l’amour infini qu’il porte à ce pays.  Je viens de trouver mon double au masculin, je lâche mon stand et file sur le sien pour aller visionner des photos.

On parle de tout, on parle de rien, on est fiers d’être Israéliens, on fait de grands gestes, on parle fort,  le parcours de Robert ressemble au mien.  Ca fait du bien et ça fait mal. Parfois l’émotion est trop forte, les yeux de Robert brillent, les miens sont larmoyants. 

Les larmes finissent par couler, d’abord timides elles se terminent en pleurs, des pleurs de bonheur, des pleurs de regret, quand on parle d’Israël je ne sais pas me contrôler, je me rends compte que ça devient de plus en plus difficile et le temps n’est pas prêt de m’aider, il creuse jour après jour, un immense fossé qui ne cesse  de s’éroder.

Robert nous invite chez lui, on échange nos coordonnées, je forme le vœu de pouvoir y aller.

Rencontrer des compatriotes ça fait tellement de bien mais ça met le doigt sur tellement de souvenirs qui à force deviennent douloureux que je ne sais plus. Je suis contente et triste à la fois. Les mots de Robert m’apportent du bonheur mais réveillent aussi en moi de terribles maux. Il faut pourtant se reprendre, sur une expo je ne suis pas certaine que mes yeux larmoyants puissent attirer la clientèle.

On va pourtant cartonner un max, on est débordés durant ces trois jours, pas le temps de déjeuner le midi, on rejoint notre chambre d’hôte archi crevés le soir, mais c’est que du bonheur. Notre stand attire la foule, les gens sont intéressés et très réceptifs, quel plaisir de pouvoir leur parler, leur expliquer, leur faire toucher et tester..... c'est une des premières fois que l’on travaille comme ça sur une expo, on croit rêver….. 

Peut-être qu’il y a une étoile au dessus de notre stand, une toute petite étoile très discrète qui indique le chemin et comme je suis une grande rêveuse..... je me plais à imaginer que c’est Robert qui nous la envoyée.

mardi 22 novembre 2011

NANOU


Je ne me souviens plus comment on s’est connues, peut-être et c'est certain par l’intermédiaire d’une « blogamie » que nous avions en commun, laquelle, je ne saurais le dire, ma mémoire me fait défaut, je me rappelle juste que son attrait particulier pour la Guyane, lieu où elle avait vécu plusieurs années m’avait marquée, je trouvais une similitude étonnante avec mon attrait pour Israël. J’habitais encore là bas quand elle a déposé un premier commentaire sur mon blog et à mon retour en France elle était toujours là, fidèle au poste.

Nous avons échangé par blogs interposés mais aussi par messages sur FB et au téléphone. Quand elle m’a dit qu’elle se rendait chez sa maman qui habite près d’Hesdin je n’ai même pas eu besoin de réfléchir, j’ai tout de suite répondu présent parce que j’avais vraiment envie de la rencontrer.

Je n’ai pas été déçue, elle est telle que je me l’imaginais et encore mille fois mieux. Après Monette, Délia, Heure Bleue, j’ai rencontré Nanou, une femme fragile et forte à la fois, une guerrière qui est toujours sortie victorieuse de ses multiples combats même si elle y a laissé beaucoup de souffrances.

Nanou et Alain avaient réservé une table pour nous accueillir dans un coquet restaurant de la Place d’Armes d’Hesdin, un lieu magique et qui ne s’invente pas puisque ce restaurant se trouve à l’angle d’une rue qui se nomme « rue de Jérusalem ».

Nanou c’est comme si je l’avais toujours connue, comme si on s’était quittées la veilles et qu’on se retrouvait autour de la table pour papoter de choses et d’autres. Alain était plus réservé, il faut dire que nos bavardages intempestifs n’ont pas laissé beaucoup de place pour que nos hommes puissent s’exprimer.

Je l’ai trouvée radieuse, une petite bonne femme vraiment très jolie et très classe, taille de jeune fille et visage à peine marqué par les signes du temps. Elle est agréable à regarder Nanou, belle à l’extérieur comme à l’intérieur, elle m’a vraiment enchantée.

Nous avons parlé de choses et d’autres, ma gourmandise prenant parfois le dessus lorsque les plats arrivaient. Des mets très fins et délicieux, j’en ai l’eau à la bouche rien que d’y penser. Nanou je t’informe que depuis je suis au régime !!! et c’est déjà – 3 kilos….. y a encore du boulot !!! 

Rencontrer les blogamies c’est génial, le virtuel se transforme en réel, on est plus devant le clavier mais bien devant la personne, pour de vrai, dans la vraie vie…..

La rencontre a été trop rapide à mon goût, nous devions rentrer, Nanou devait rejoindre sa maman, nous nous sommes promises de nous revoir, peut-être là bas dans la Drôme, peut-être chez moi…. L’avenir nous le dira.

Un grand merci à Nanou pour ces moments de bonheur qui resteront gravés. A qui le tour maintenant ? j’ai hâte de vous rencontrer !!! 


mercredi 2 novembre 2011

La maison des vivants


Comme beaucoup en ce jour de Toussaint j’ai pris la direction du cimetière, je ne l’avais jamais fait auparavant puisque j’étais loin et de toutes les façons je n’ai pas besoin de ça pour penser aux êtres chers qui sont partis.

Je suis allée saluer Metche et Petche, et si j’ai l'habitude de mettre une bruyère ou une lavande quand je me rends sur une tombe, cette fois  j’ai déposé des pomponettes, va savoir pourquoi….. à cause de mon binôme peut-être qui était pressé quand on est allés à la serre et qui ma fait un cours magistral sur le fait que je mettais un temps fou à choisir, que ce n’était pas important et que de toutes façons, ni Petche, ni Metche ne viendraient me dire quoi que ce soit sur le choix de mes fleurs. 

Comme il m’a énervée, du coup ca a été vite fait,  c’est bien la première fois que j’achète ce genre de fleurs, pas que je les trouve moches, mais je les trouve banales, puis il y en a partout, j’aime sortir du moule et ne pas faire comme les autres, du coup mes fleurs à pompons ça m’a contrariée.

J’ai choisi une jaune vif pour Petche et une dans les tons violine pour Metche, elles étaient bien fournies et volumineuses, ce qui m’a un peu consolée malgré tout. Les pompons tiendront mieux que ta bruyère ou ta lavande, surtout avec le gel me suis-je dit pour me conforter dans mon choix.

J’aime me promener dans les cimetières, ma préférence va aux cimetières de campagnes, ces petits cimetières en pleine cambrousse où le temps semble s’arrêter. Les cimetières de ville ne m’attirent pas, trop impersonnels, presque anonymes, trop grands, trop tristes.

Le cimetière où reposent Petche et Metche n’est ni grand, ni petit, c’est le dernier cimetière avant la frontière Belge, le petit cimetière de Bray-Dunes, il est calme et tranquille, presque accueillant, je le trouve beau.  C’est le cimetière que j’ai toujours connu durant mon enfance. Metche m’y emmenait, il y avait toujours quelqu’un à aller honorer d’un bouquet de fleurs et d’autres à aller saluer. Elle y aurait passé des heures, certainement que j’ai hérité d’elle cette prédilection pour ce lieu hétéroclite.

J’avais envie de m’y promener mais la pluie s’est mise à tomber, une pluie fine, un crachin…. Peut-être que Petche et Metche étaient en colère avec mes pomponettes !!!  J’ai réalisé en regardant la tombe que ça faisait 30 ans que Petche était parti, l’année prochaine ça fera 20 ans pour Metche.

Je n’ai pourtant rien oublié, ni le pas de Petche dans l’escalier qui remonte péniblement le grand faitout de soupe de la cave, ni celui de Metche qui va et vient aux quatre coins de la maison. Je n’ai même pas besoin de fermer les yeux pour me souvenir de chaque trait de leur visage. Le chignon gris de Metche, dont les épingles tiennent parfaitement, ses tabliers légendaires à carreaux ou à fleurs, ses infusions à base de plantes, son pot de crème Nivea qui ne la quitte jamais et le café qui ronronne en permanence sur le poèle à charbon, prêt à accueillir le visiteur.

La casquette de Petche, celle avec une belle ancre devant, en bon marin qu’il est, il ne la quitte pas, je n’ai jamais vu Petche sans sa casquette, sauf ce jour terrible  où il repose dans son cercueil…. Quand il est en colère, sa casquette part légèrement de travers, mais Petche est rarement fâché, c’est une bonne pâte, il arrive que Metche dépasse un peu les limites, il élève légèrement la voix et l’affaire est réglée. 

Qu’est devenue cette casquette, elle doit être quelque part dans une armoire de la maison, il faudrait que j’aille voir, j’y trouverais certainement ses chemises molletonnées à gros carreaux et tout un tas d’autres affaires, à moins que Tonton ait tout jeté. 

Ma mémoire est intacte,  je peux remonter très loin dans mon enfance, sans faire aucun effort, certainement parce que Petche et Metche ont pour moi beaucoup compté et que ce sont mes plus belles années à leurs côtés. 

Il y a cependant une chose que j’ai oublié et qui tout à coup m’a rendue triste, c’est le son de leur voix, j’ai beau triturer ma mémoire dans tous les sens, rien à faire, je n’arrive pas à retrouver les intonations ni les sons de l’un ou de l’autre…. Peut-être que ça fait trop longtemps maintenant……la seule chose dont je me souvienne, c’est qu’ils parlaient en flamand, c’est d’ailleurs pour ça que je le comprends…..

Que reste t’il au fond de tous ces gens qui reposent dans ces boites sous terre,  des souvenirs, des noms et des dates gravés sur des plaques, signe de leur passage sur terre, j’ai réalisé qu’un jour moi aussi je dormirais quelque part, où et quand, je n’en sais rien mais ça m’a fait peur.

J’ose espérer que Petche et Metche me voyaient de là haut, j’ai regardé le ciel attendant un signe qui n’est pas venu..... Je me demande s’ils ont aimé les couleurs de mes pomponettes !!!!