samedi 25 juin 2011

Un apéro de rêve....

Le jour tombe relativement tôt sur les montagnes du désert, mais il fait encore chaud, j’avais oublié à quel point j’aimais la chaleur sèche de cet endroit. Les montagnes ont revêtu leurs couleurs de nuit, les tons ocres, jaunes et orangers se disputent, c’est à celui qui arrivera le premier. Une légère brume se pose sur « Yam Hamelah » (la mer de sel ou Mer Morte), c’est la première fois depuis longtemps que je peux de nouveau admirer ce paysage.

J’ai étalé une grande couverture et à l’ombre d’un arbre je dépose mon apéritif dinatoire, celui qui marque mon retour en terre promise, celui qui sera le plus bel apéro jamais pris auparavant. 

J’en ai pris des apéritifs dans ma vie, des chouettes et des moins chouettes. En général c’est un moment convivial entre amis et j’aime le prendre le soir, après une journée bien chargée, c’est alors un moment de détente, on se laisse aller autour d’un bon verre et on profite de la soirée. J’ai une prédilection pour les apéritifs dinatoires, pas de tralala autour d’une table assis à se faire « chier », on est lové dans un fauteuil ou autre et le spectacle commence, avec alcool ou sans alcool, j’aime les cocktails maison spécialement préparés à cet effet et la danse des verrines salées, amuse gueules, petits légumes, pain surprise me fait « kiffer ».

J’aime quand le décor s’y prête aussi, j’ai des souvenirs d’apéro à la montagne, le soir après une journée de ski, bien au chaud devant la cheminée, on se laisse aller, les montagnes enneigées et le ciel étoilé ajoutent à ce moment magique et quand, en plus, on peut déguster un petit vin de pays ou encore des victuailles locales c’est vraiment le pied. 

J’ai des souvenirs d’apéro face à la mer quelque part sur une terrasse du quartier de Nevé Tsedek a Tel-Aviv quand Sylvie nous prépare ses verrines enchantées, ses petits fours dont elle a le secret, ses plats qui font rêver, on sent une légère brise qui vient de la mer et on entend au loin le brouhaha du quartier. La terrasse est belle et superbement aménagée, il fait bon et la nuit vient de tomber, on se prépare à une soirée entre amis, quelque chose de simple mais de sincère et vrai.

Ce soir rien de tout cela, cet apéro c’est entre moi et elle, cette terre que je viens de retrouver.  J’ai amené une bouteille de champagne, du champagne rosé, il faut bien ça pour de telles retrouvailles. J’ai acheté des falafels sur le souk Hacarmel,  du houmous, des noix de cajou et des olives de toutes sortes.  Je me suis arrêtée chez Aboulafiah pour prendre des pitotes fraîches et sur le marché de Beer Sheva j’ai acheté du fromage de chèvre fabriqué par les bédouins, j’ai préparé une mackbouba

Je suis là, face à la mer, assise sous mon arbre dans le désert et je lève mon verre à cette terre que j’aime tant.  Angelita m’a dit « Pas cap de le faire »…. Désolée de te contredire Angelita, mais j’ai relevé ton défi du mois de juin, tu ne me crois pas ? fais comme moi, ferme les yeux et tu verras, tu y seras…..  

« Lehaïm Angelita » 


mardi 14 juin 2011

Saturnin

Il arrive sur le stand comme un chien dans un jeu de quilles, une démarche bizarre, un peu brinquebalante et je suis occupée à étiqueter de nouveaux produits que je viens de poser sur les étagères.

Il attrape vivement un savon qu’il porte à son nez, puis un second et un troisième…. Je n’aime pas trop que l’on touche mes savons de cette manière, même s’ils sont là pour la démonstration, on a pas besoin de coller son nez dessus pour sentir les odeurs, puis j’aime qu’on les manipule avec douceur !!  Il ne fait nullement attention à moi et se met à humer tous les produits alors je l’interromps gentiment
-         Souhaitez vous quelque chose de particulier Monsieur, avez-vous besoin de renseignements ?
-         E de rais avons , y entent bein bon me répond il d’une voix très nasillarde, comme s’il mangeait la moitié de ses mots.

Je suis surprise et si j’ai une furieuse envie de rire je me contiens, je me dis que ce Monsieur est en train de se moquer de moi, qu’il fait exprès de parler de cette façon,  que c’est un gag et je cherche la caméra cachée. Il s’agite comme un automate quand il parle, fait des gestes saccadés mais ne sachant pas s’il plaisante, je reste sérieuse. Il me fait penser à Saturnin et je me mords parfois la langue pour ne pas éclater de rire.

Je regarde toujours autour de moi en quête d’une hypothétique caméra parce qu’il faut bien dire que tout cela semble exagéré et que c’est sûrement une blague…. Le temps passe, j’attends que le comédien  cesse son petit sketche, mais rien de tel n’arrive, Saturnin continue sur sa lancée et il est en grande forme,  j’ai de plus en plus de mal à capter ce qu’il me dit. Il touche à tout, pose un tas de questions, saute du coq à l’âne….. au bout d’une bonne dizaine de minutes, je comprends que malheureusement tout cela est bien réel et que ce Monsieur ne joue pas la comédie.

Mon binôme est parti nous chercher de quoi déjeuner, il est 13 heures passées et nos estomacs crient famine. Je regarde autour de moi et il n’y a pas grand monde, j’aimerai qu’une voisine vienne à mon secours mais tout le monde est en train de se sustenter.

Saturnin pose son cabas au sol, j’ai comme dans l’idée que je suis mal barrée, il va s’installer c’est certain, un coup de téléphone serait le bienvenu, un nouveau client aussi mais là tout de suite c’est calme plat et Saturnin intensifie sa force de frappe, il me bombarde de questions et fait les réponses en même temps.

Il se met à me raconter sa vie alors je l’écoute. Il me fait de la peine tout à coup parce que je me rends compte que son handicap lui pose beaucoup de problèmes et qu’il se fait bien arnaquer de partout. Je lui donne des conseils,  lui indique où il doit aller pour se faire aider et tenter de régler ses différents et me voilà tout à coup transformée en assistante sociale, une sorte de Joëlle Mazart mais moins performante certainement. Si je n'étais pas si occupée et si j'habitais cette ville, Saturnin je crois que je l'aiderai parce que personne ne semble vouloir l'épauler.
Je maudis mon binôme qui ne revient toujours pas….. le temps s’écoule et Saturnin est passé a la vitesse supérieure, il vient de trouver une oreille attentive, peut-être la seule qui ne l’enverra pas balader parmi les centaines d’exposants.
Au bout de 20 minutes j’en peux plus parce que Saturnin me répète toujours la même chose et quand mon binôme revient je me dis que je suis sauvée et qu’il va prendre le relais….. Mais il se barre derrière la banque d’accueil et me laisse me débrouiller. De toutes les façons il n’y a aucune chance de dévier Saturnin, c’est à moi qu’il veut absolument parler et à personne d’autre. Je ne sais pas si j’ai la tête de l’emploi mais là j’ai vraiment tiré le gros lot.

Je vais pas tarder à pêter un plomb, je sens le stress qui monte, Saturnin je veux bien l’écouter, lui filer quelques conseils mais je vois bien qu’il est dans son monde, il acquiesce quand je lui parle et quand on croit qu’il a enfin fini, il recommence de plus belle, c’est comme une chanson qu’on aurait mis en boucle, sauf que la le chanteur Saturnin ne sera jamais premier au hit parade.
Au bout de 30 minutes j’ai pris l’habitude, je comprends presque tout ce qu’il dit. Mon binôme me dit en hébreu de lâcher l’affaire, il en a de bonnes lui, lâcher l’affaire je voudrais bien mais Saturnin se tape l’incruste et s’accroche comme une huitre à son rocher.

Au bout de 45 minutes, Saturnin enfin rassasié de mes conseils décide de décamper, il quitte le stand tout guilleret en me disant que je suis gentille et il me fait de grand signes. Il part vers d’autres stands et se retourne plusieurs fois en me saluant bruyamment. Il est en pleine forme, content, heureux d’avoir trouvé quelqu’un à qui parler…..
Je suis épuisée, vidée, lessivée, éreintée….. 45 minutes avec  Saturnin c’est pire que les 12 travaux d’Hercule et ça fait du bien quand ça s’arrête. Je m’apprête à enfin pouvoir déjeuner en paix quand tout à coup je l’aperçois qui revient, je crains le pire, je suis en panique, faut que je me casse de mon stand….. mais ouf….. Il vient d’aller squatter le stand en diagonale et essaie les fauteuils de massage, il me regarde et me fait plein de signes gentils, j’ose à peine lui répondre de peur qu’il prenne mes signaux pour une invitation. Je me dis que ma voisine n’est pas sortie de l’auberge, mais chance pour elle, il lui fout une paix royale….

Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi, sur cette exposition où il y a plus de 350 exposants, c'est chez moi qu'on vient s'épancher....

samedi 4 juin 2011

Brèves d'expo

C’est la première fois que je rédige un article en direct d’une expo, c’est tellement calme qu’on s’endormirait,  remarque il fait trop beau dehors,  les gens préfèrent batifoler au grand air au lieu de  venir se perdre dans les dédales des exposants, comme je les comprends.  J’ai moi aussi des envies furieuses de sieste au soleil, de déjeuner sur l’herbe, de pieds dans l’eau…..

Peut-être que je devrais m’initier aux danses indiennes afin de faire venir la pluie, parce que quand il pleut les gens s’emmerdent chez eux, du coup ils sortent dans des lieux abrités, ils arpentent les allées, vont, viennent et finissent par acheter.
Dire que je suis en train de louper la finale féminine de tennis, dire que ce soir je ne verrais pas le match de hand Dunkerque contre Chambéry,  arghhhh !!!!!! j’ai chaud, je ne sens plus mes pieds,  j’ai sommeil, je serai tellement bien chez moi allongée devant la TV !!!
Mon binôme qui est toujours plein d’énergie me donne le tournis, il est sur tous les coups,  personne n’échappe à ses tests, huile sèche, beurre hydratant, tisane, savon au lait de chamelle… quand y en a plus, y en a encore….. Il a un de ses bagou, Il vendrait de la glace à un esquimau !!!  Remarque, heureusement qu’il  existe parce qu’avec moi là tout de suite ça serait la banqueroute !!! 
En fait le fonctionnement est simple, il ferre, il harponne et après  j’entre entre en scène, sauf que pour entrer en scène faut du public et là, le public doit être sorti pour affaire de famille (comme disait si bien ma grand-mère paternelle).
Le gros de la troupe ça sera pour demain, s’il ne fait pas trop beau….
Du coup je surfe sur Internet et je regarde les exposants , j’aime bien regarder les gens, leur imaginer une vie, et de l’imagination j’en ai à revendre !!!   C’est immense ici, il y a plusieurs halls, un truc à se perdre….. On est regroupés avec la beauté, le bien être, la mode et les loisirs, plus loin il y a la  gastronomie et les produits du terroir, puis la construction, rénovation et habitat, puis ameublement et décoration et il y a le village Antillais, parce que les Antilles sont le thème de cette exposition.
Au village Antillais il y a Maryvonne, je l’ai connue sur l’expo de Calais, c’est elle qui nous a fait venir ici.  Maryvonne c’est un rayon de soleil à elle toute seule, elle te met de la joie même les jours de pluie où t’aurais envie d’une corde pour te pendre. Elle vend ses produits exotiques qu’elle prépare elle-même et si tu veux un punch du tonnerre y a pas mieux, je te parle même pas de ses confitures et  je te mets au défi de trouver une glace au lait de coco aussi bonne que la sienne…..  Sa cuisine, aie aie aie,  une cuisine colorée, des saveurs épicées qui te mettent les papilles et les pupilles en émoi……je vais me régaler pendant 10 jours, parce que Maryvonne nous prépare des bons petits plats de poisson exprès pour nous (vu qu’on mange casher, les plats de viande ou les sandwishes saucisson ça fait désordre !!!).
Alors autour de moi y a quoi ? Tu vas pas me croire mais en face c’est des juifs et à côté aussi,  du coup on se jacte en hébreu, finalement on est pas dépaysés !!!
Bon sinon, je crois que le Jules est sur un coup….. la meuf  d’en face arrête pas de venir le voir, elle parle, elle pose des questions, des coups d’œil…. Toutes les occasions sont bonnes, lui il voit que dalle, mais moi j’ai bien vu le truc….. on sent ces choses là et je suis certaine à 150 % de ne pas me tromper…….C’est rigolo….  Meuh non j’suis pas jalouse…..
Il y a quand même des drôles de gens, c’est hétéroclite, on voit de tout, des bien assortis, des couples improbables, des sympas, des grincheux, des mal baisées. Des vieilles peaux qui veulent jouer à la jeune fille, il y en a pour tous les goûts et j’aime ça. 
Ce matin un gars d’un stand voisin m’a embarqué dans ses produits, je n’arrivais plus à m’en dépêtrer, ça devenait saoulant, il m’a foutu une suée rien qu’à me parler….. je cherchais désespérément où étaient ses piles…. Je peux te dire que ça fait du bien quand ça s’arrête….
Oh crotte !!!!  j’vais pas pouvoir te raconter la suite, les affaires reprennent, ouf il était temps !!!!