jeudi 19 mai 2011

Les Fleurs de "Metche"

Chacun avait son petit carré, Petche privilégiait ses légumes et Metche se promenait parmi ses fleurs qu’elle entretenait avec fierté. Quand elle n’avait pas le temps, Petche consentait à étêter, désherber, nettoyer et arroser mais jamais il ne cueillait car les bouquets entraient dans les prérogatives de Metche et sur ce point, il ne fallait surtout pas la contrarier.


Je faisais partie des privilégiées, j’avais le droit de composer de jolies bouquets qui viendraient décorer la table de la salle à manger et dès les premières floraisons je mettais un point d’honneur à inventer des compositions que j'offrais avec fierté à ma maîtresse d’école.


Le 1er mai était l’occasion de cueillir les brins de muguet, avant cette date on avait interdiction formelle d’y toucher et Metche y veillait !!! Elle les avait plantés dans un endroit qu’elle avait spécialement délimité près de la vieille citerne, à l'ombre d'un petit mur....  au début il y en avait peu mais au fil des ans, le muguet s’était mis à croître et galoper, il empiétait sur les carottes de Petche et ça l'avait bien contrarié, il râlait pour la forme mais finissait par céder, ces fleurs à clochettes étaient tellement belles et sentaient si bon qu’il aurait été dommage de les sacrifier. C'est décidé, l'année suivante les carottes trouveraient place ailleurs !!!

La floraison du muguet était pour moi un ravissement et je mesurais chaque jour les progrès avec une question persistante, les clochettes seraient-elles au rendez-vous. Ce n’est pas tant la beauté de la fleur qui m’attirait mais son odeur, je passais des heures à les humer et jamais je ne m’en lassais. Je me surprenais parfois à en déposer quelques bruns sur mon oreiller et je me disais « Quel dommage qu’elle soit si éphémère et qu’elle ne fleurisse qu’en mai….. J’aurais aimé avoir cette fleur près de moi toute l’année…. Bien plus tard j’ai retrouvé cette odeur avec le parfum « Diorissimo » que j’ai souvent porté.

Tout au fond du jardin il y avait un grand lilas, Il se dressait fier et dominait le potager, il semblait vouloir rivaliser avec les arbres fruitiers et dès la naissance de ses premières fleurs, il volait la vedette au jardin entier. Fleurs, arbres et légumes, tous le jalousaient. Il se pavanait,  exhalait ses odeurs légèrement musquées et la tête me tournait. J’aimais ses tons mauves, violets, parfois vieux rose qui variaient.  J’en ai fait des bouquets et j’en ai distribué. Les voisins aimaient venir en chercher, Metche prenait alors son sécateur, deux ou trois grosses branches et le tour était joué. A ma grande déception il s'éteignait vite, il fallait alors attendre une nouvelle année et je me désespérais.

Mais La reine de ce jardin reste la rose, la fleur parmi les fleurs, celle dont on ne se lasse jamais, celle qui selon sa couleur symbolise l’amour, la fidélité, l’amitié, la joie, le bonheur, la passion, le désir. Chez Metche il  y en avait partout. Elles régnaient en déesses dans le petit jardinet de l’entrée et accueillaient les visiteurs. Le rose se mêlait au rouge, l’oranger faisait pâlir le jaune, quelques blanches tentaient de s’imposer…. il y en avait tellement qu’on ne savait plus ou regarder. Metche était fière de ce qu’on aurait pu appeler sa roseraie. J’aimais l’odeur des roses mouillées lorsqu’il pleuvait, j’adorais les regarder se recroqueviller à la nuit tombée, j’ai des souvenirs d’odeurs délicieuses portées par un vent léger, de pétales tombées au sol que je ramassais et que parfois je gardais.  J’ai longtemps pensé que la rose était ma fleur préférée, peut-être à cause de sa beauté mais au niveau des senteurs elle a vite été surpassée.

Des fleurs il y en avait tant d’autres, des connues, des moins connues, certaines que je ne savais pas nommer mais qui me plaisaient et relevaient mes bouquets. Pivoines, Dalhias, pensées, crocus, lupins jacinthes, tout ce petit monde cohabitait, c’était le temps de l’enfance et de l’insouciance.

De toutes les fleurs de ce jardin la plus belle était Metche et Petche le savait, c'est pour ça qu'il l'aimait et la chérissait plus que tout.

 Quand Metche et Petche s’en sont allés, les fleurs du jardin se sont fanées, il n'y avait plus personne pour s'en occuper, ni la main de Petche pour les nourrir et les entretenir, ni la main de Metche pour les cueillir et les aimer, il n’y avait plus de table à fleurir ni de maîtresse à gâter, plus de visiteurs pour venir les admirer.

Aujourd’hui, La pelouse a remplacé le muguet, le lilas a été coupé et les roses arrachées. Il y a parfois sur la tombe de Metche et de Petche quelques fleurs qui rappellent les doux moments d’un temps d’avant qui ne reviendra jamais.

Ceci est ma participation au défi du mois de mai d’Angelita qui a pour thème le mot "Fleur". Je me rends compte en lisant son texte que nos souvenirs convergent et que finalement les fleurs appartiennent souvent aux premiers souvenirs d'enfance.....

mercredi 11 mai 2011

Que le spectacle commence !!

C’est un peu comme une mise en scène avant le premier acte. On découvre la ville et le lieu, on s’imprègne de la salle et on plante le décor. J’aime regarder l’espace nu avec juste le support et la moquette au sol qui est encore sous plastique. L’endroit est triste, voire lugubre et je m’anime à l’idée de pouvoir, en quelques heures, le décorer et le modeler à mon goût. Il sera mon lieu de travail pour quelques jours, un semblant de boutique pour les visiteurs et il faut que l’on s’y sente bien. Alors on s’applique et rien n’est laissé au hasard.

Chacun vaque à ses occupations, déchargement du matériel, agencement, décoration, il y a les pros, les vieux de la vieille et les petits nouveaux comme nous. On se salue cordialement mais les grandes discussions seront pour plus tard, pour l’instant c’est comme une course contre la montre, on fait le maximum afin de ne plus rien avoir à préparer le lendemain matin, jour de l’ouverture.

Deux heures plus tard on est satisfaits, tout est monté, tout est prêt, on peut rentrer tranquilles et confiants et essayer de se détendre avant le début du marathon.

Le jour J arrive vite et je trouve ça grisant et stimulant. J’aime l’ambiance qui règne dans les expos, on sympathise avec nos voisins de stands, on fait de belles rencontres et on est proches des gens. Il y a de gros stands, des plus petits, nous venons tous d’horizons différents avec des parcours parfois atypiques mais nous poursuivons tous le même but.

C’est un mini monde, une planète réduite, un petit village, avec certainement des gentils et des méchants. Les affinités se créent dès le premier jour. Il y a des gens que l’on salue poliment et d’autres avec qui le courant passe tout de suite, on boit le café et on déjeune même ensemble le midi. On prend les numéros de téléphone, on se donne des filons, on achète les produits du voisin…. C’est vraiment particulier et ça me plait bien.

Puis il y a les clients, j’adore les regarder déambuler parmi les exposants. Là aussi ils viennent d’univers très différents et on en croise de toutes sortes. Il y a ceux qui d’emblée sont intéressés, ils questionnent, testent, demandent conseil et en général finissent par acheter. Il y a les autres plus sceptiques, ils ont envie mais ne savent pas très bien, il faut alors les convaincre, expliquer, donner des exemples, c’est là qu’il faut être le plus pro possible tout en gardant un langage simple.

Il y a les habitués de la cosmétique, ils savent ce qu’ils veulent et en général l’affaire est tout de suite conclue. Ils adorent les nouveautés et veulent découvrir les nouvelles senteurs. Pour nous c’est le top et un réel plaisir de montrer nos nouveautés. Il y a ceux qui aimeraient bien mais qui ont un budget réduit, certains osent nous l’avouer, d’autres partent dans des explications sinueuses…. si on les sent vraiment intéressés, on essaie de les aider. Dans ces cas précis il faut faire attention à ne pas se faire berner….là dessus, je ne suis pas certaine qu’on soit des pros….

Il y a ceux qui ont envie de parler et qui n’achèteront rien mais ce n’est pas grave, on les écoute, parce qu’on est là pour ça aussi, certains s’épanchent et parfois beaucoup, ils sont contents, on joue les psy, ils repartent ravis….

Comme partout il y a les ignares qui se croient au dessus de la moyenne, il y en a toujours un ou deux sur chaque expo et on y échappe pas, on s’adapte, il faut garder son calme et parfois se mordre la langue pour ne pas éclater de rire devant tant d’inepties. La bêtise humaine a de beaux jours devant elle. En général je les vois arriver ceux-là, je les flaire tout de suite et je ne me trompe pas.

Puis il y a une espèce nouvelle, relativement rare encore mais en voie de développement, ceux qui vont nous apprendre nos produits, en fait ils n’ont pas besoin de nous parce qu’ils savent mieux que nous….. mais attention hein, Tenez vous bien, la Mer Morte ils ne savent pas la localiser, en général ils confondent avec la Mer Noire, mais ils connaissent mieux que nous ce qu’il y a dans nos produits et le pire c’est qu’ils sont convaincus de leur connerie et des conneries ils en débitent un paquet à la minute…. Le top c’est quand ils comparent nos exfoliants à leur dernier gel douche acheté en supermarché…. J’avoue que là, c’est le summum, je vois rouge, je boue à l’intérieur et j’ai envie de crier. Je ne le fais pas bien sûr, je reste calme, le client est roi, je discute un peu et je lâche l’affaire… je laisse caqueter et je passe à autre chose….

Oui j’aime cette ambiance de salons, parce qu’on y fait de belles rencontres tant au niveau des clients que parmi les exposants, on a des poussées d’adrénaline à chaque instant, on passe du calme à la tempête avec quelques temps morts pour récupérer. J’exulte dans les moments de rush, quand il y a plein de monde agglutiné autour de nous et qu’il faudrait une troisième personne pour nous aider. J’aime le brouhaha qui circule dans les allées, on a parfois la tête qui tourne et le soir on rentre crevés. C’est un monde qui m’était parfaitement inconnu, je le découvre avec enthousiasme et même si c’est fatiguant (en général on aligne 12 heures d’affilée quand ce n’est pas plus) et bien je crois que je suis mordue !!!!

Puis il y a des moments intenses qui resteront gravés…. comme ce couple de sexagénaire qui vient nous saluer, pas de grands discours, simplement des mots mais des mots qui cognent dans la poitrine parce qu’ils sont forts, parce qu’ils sont vrais, parce qu’ ils viennent du cœur. La dame nous regarde et nous dit « Nous aimons votre pays, nous sommes avec vous, nous sommes à vos côtés » et là, j’ai les larmes aux yeux et je me dis que finalement je fais un beau métier.