vendredi 29 avril 2011

C'est écrit

J’avais oublié son existence, j’avais oublié que j’y avais posé des souvenirs de mes premiers pas en Israël. J’ignore pourquoi j’avais fait cela, étais-je si mal pour en venir à éparpiller furtivement des mots sur un vieux cahier délavé ou avais-je en projet de peut-être un jour rédiger une sorte de livre afin de raconter…..

Je n’ai pas la réponse, comme si ma mémoire avait volontairement zappé, j’ai beau fouiller dans le plus profond de mes souvenirs, je n’arrive pas à me remémorer l’instant ou j’ai couché mes premières impressions d’une nouvelle vie qui ne faisait que commencer.

En déménageant le bureau il est tout à coup tombé et j’ai ressenti un immense plaisir à le retrouver. Je l’ai parcouru vite fait, il me donne envie d’écrire, de raconter…. C’est comme si tout à coup ma mémoire s’était débloquée.

J’ai écrit à l’encre bleue, tout le temps, une écriture rapide, saccadée, parfois illisible, des abréviations, des mots soulignés…. Au fil des pages l’écriture se fait plus brouillon moins lisible…..

Il commence le 5 août 2002, jour de notre départ, tout y est noté, les horaires d’avion, les personnes qui nous ont accompagnés à l’aéroport, même la composition des voitures, c’est dire si c’était précis. J’y ai répertorié aussi le nombre de valises, de sacs de voyages, de colis…… jusqu'à nos numéros de place dans l’avion. 32 C et 32 D pour Marianne et Jules, 44 B et 44 C pour Rébecca et moi (nous avons été séparés parce que nous avions avec nous à bord, nos trois animaux, le perroquet, Moïse et notre chat qui est mort et enterré en Israël).

Je découvre des choses que j’avais oubliées et le fait de relire tous ces mots négligemment alignés sur ce cahier me procurent autant de plaisir que de peine.

Au fil des pages, l’écriture se fait plus fébrile, on sent le malaise, je tente de me rassurer sur ce choix de vie, je relativise, nous avons une belle maison, il y a du soleil, il fait chaud, entre les différentes démarches à effectuer nous allons à la plage, nous dinons avec Maud et Patrick (ils ont fait leur alyia en même temps que nous mais au bout d’un an ils repartiront, personne ne s’en doute à ce moment là, même pas eux qui semblent déjà parfaitement intégrés ici et bien mieux que moi).

Je redécouvre mes premiers pas, pas maladroits, pas mal à l’aise, pas à reculons. J’ai noté les appels téléphoniques de mes amies, on se parle pratiquement tous les deux jours, c’est difficile. On est fatigués, il faut tout faire à la fois, installation de la maison, démarches administratives, on court sans arrêt. Je prends du Lexomil pour dormir ça aussi j’avais zappé….

Le 8 Août j’écris en gras « petit déjeuner sur la terrasse, c’est quand même génial »…. Quelques lignes plus loin nous sommes à la mairie au service scolaire pour l’inscription des filles. L’employée qui nous reçoit n’est pas très aimable, elle me demande de remplir les papiers en hébreux, je ne sais pas encore écrire l’hébreu, elle ne semble pas vouloir m’aider. Jules intervient, il maîtrise déjà la langue et l’écrit mais il dit à la fille de le faire pour nous. Elle doit nous aider, nous venons d’arriver….. quand on sort les deux filles sont inscrites, Rébecca dans un « gan » tout près de la maison et Marianne dans une classe d’intégration. Je fonds en larmes, tout ça ne me plait pas vraiment….. viennent les premières interrogations …. Ai-je fait le bon choix…. Dans quoi ai-je entraîné ma famille.

Nous sommes toujours le 8 aôut, c’est l’après-midi, Jules est parti à l’aéroport récupérer des cartons que nous avions envoyé avant notre départ. Ce 8 août est maudit, dans l’après-midi, pendant que je suis affairée à ranger des affaires à l’étage, des gens vont profiter pour escalader le muret qui protège la maison et me voler mon perroquet. J’ai toujours pensé qu’il avait été volé le lendemain de mon arrivée, j’ai du m’embrouiller dans mes souvenirs, les écrits du cahier me ramènent à la réalité…. Je suis désemparée, dans mon texte du jour j’écris « très mauvaise journée, je n’ai plus envie de rien »…..

Au fil des pages ça se corse, mon entrain et ma bonne humeur ont disparu, on sent un regret et un stress, beaucoup d’interrogations, le mal être s’installe….. fin août je n’écris plus rien…..

Je crois que je n’ai plus besoin d’écrire, les dés sont  jetés il n'y a plus rien à faire.... j'entame  ma traversée du désert....  les moments difficiles, les envies de retour, je m'accroche, je persiste, j'alterne rires et larmes, Marianne s'épanouit, Jules est comme un coq en pate, Rébecca parle de mieux en mieux l'hébreu.... je suis à la traîne...une étrangère parmi eux......  puis un jour le déclic, le miracle que l'on attendait plus , le pays entre en moi, j'en prends possession et je me mets à l'aimer plus que tout.....

Aujourd’hui je sais que ma maison c’est là bas et c’est ce qui me motive et me permet de m'accrocher ici…. Penser au jour de mon retour parce que je sais que rien ne se passera comme avant, je connais la règle du jeu, mes cartes sont parfaites et mon carré gagnant. 

Je rêve du moment où mes doigts parcoureront le clavier avec enthousiasme,  un nouveau blog, celui de mon retour,  j'ai déjà une idée du nom..... j'espère que vous serez encore là pour fouler le sol Israélien avec moi.......depuis mon retour quelques uns sont partis.... les vrais resteront.

En attendant je vais ranger mon petit cahier bleu, peut-être qu’il me donnera des envies d’écriture,  peut-être qu'il retrouvera le chemin des oubliettes….. je ne maîtrise pas l’avenir…. Je sais que de toutes façons….. tout est écrit !!!!

20 commentaires:

  1. Nul ne saura jamais si tout est écrit, parce que pour l'instant c'est nous, toi , qui écrivons !
    Comme par peur, celle d'oublier...
    Alors on ouvre un cahier, on écrit, on garde, on enferme, on se rassure !
    Ce besoin de dire comme on respire, je connais !
    J'en ai ouvert des cahiers moi aussi...
    Je me souviens de tes amis qui sont repartis au bout d'une année, du vol du perroquet aussi...
    Tu vois, nous aussi nous avons eu un peu accés à ton journal !
    Continue, à ton rythme, raconte toi, et rien que pour toi...
    Pourquoi ne pas ouvrir un blog,avec un joli décor pour te sentir à l'aise, et là tu écris, tu dis... Mais un blog rien que pour toi, que tu fermes à double tour, jardin secret...
    J'ai lu ton billet sur mon reader, mais je suis venue ici avant d'aller me coucher, pour te dire bonsoir et t'embrasser très, très fort !

    ps Pourquoi ne REtranscrit tu pas ton cahier bleu sur le blog secret justement, en rajoutant des photos de là-bas, un vrai journal....

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  2. C'est bien, je vois que tu me reconnais et comme j suis quand meme anonyme je peux m'exprimer librement, moi qui m'empate depuis plus de 20 ans dans une maison, qui ressemble plus a un hangar ou a un grenier tant j'y entasse tout et n'importe quoi et que je ne trouve jamais le courage de ranger, des cahiers bleus, il y en a tellement ici que personne ne les ouvre et si tu savais les tresors d'imagination que je deploie le vendredi,( jour qui devrait etre consacre au rangement de la maison )pour filer ailleurs! Comme je t'admire! je vais peut-etre ouvrir un blog pour eviter de sqatter le tien, je l'appellerai: je rends a mon interieur un aspect humain en attendant le retour de Jules et d'Ysa, qu'est ce que tu en dis? Je voulais demmenager a Holon pour rapprocher notre Isa de Mikve ou je l'ai inscrite au lycee franco-isrelien mais Henri s'y oppose pour le moment, rentree en septembre, affaire a suivre...
    Merci de partager ton jardin secret avec nous, j'aime te lire,cela rend ton absence plus supportable, je t'embrasse Ysa, shabat shalom!

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  3. et bien ou que tu sois je serai toujours là et tu le sais

    C'est encore bizarre cette similitude d'émotions et d'impression.. A mon arrivée en Guyane et pendant un an, j'étais si mal, je ne m'y plaisais pas, je ne supportais pas le climat et chaque jour je voulais faire mes valises... A l'époque il n'y avait qu'un seul avion par semaine...mon homme me disait : pas la peine aujourd'hui , y a pas d'avion...
    Et tu connais la suite, cette Guyane qui coule dans mes veines, que j'aime tant ou j'ai tant d'amis et ou au lieu de 3 ans au départ, j'ai vécu 15 ans... alors comme je ressens idem que toi.. et comme moi je l'ai fait TU VAS Y RETOURNER, rien ne t'en empêchera....
    moi ça y est je le projette à nouveau..pour 2012...
    ou tu iras j'irai Ysa,.. et coucou à notre Virginie
    je t'embrasse fort fort fort

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  4. J'imagine ton écriture sur ce cahier grâce ce morceau de papier reçu aujourd'hui ... et brutalement, tu n'es plus du tout virtuelle mais encore un peu plus réelle qu'avant.
    Joelle

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  5. C'est étrange, pour toi le 8 août fut un jour maudit alors que pour moi, ce fut l'inverse : c'est le jour où l'on est venu m'apprendre (il y a presque 27 ans !) que j'allais enfin être libre ! C'est aussi le jour de l'anniversaire de mon père...
    Et si ça devenait le jour de ton retour en Israël ?!...
    Tiens bon, ma Belle Blonde, TA Terre t'attend et je suis impatiente de m'y promener à nouveau en ta compagnie...
    Dan.

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  6. les mots de papier sont souvent une grand part de nous-même. ils disent tant de nous. et quel plaisir de les retrouver...
    continue donc sur ce chemin...

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  7. ca doit faire du bien de se replonger dans ses cahiers lorsqu'on a retranscrit des moments de vie essentiels ! achète déjà un autre cahier pour le retour qui ne sera pas une deuxième arrivée !

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  8. Tu le sais certainement, un jour, la nostalgie s'estompe et tu t'apercevras que ta vie est peut être en France...

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  9. VIRGINIE : Aujourd'hui je n'ai pas besoin de cahier pour savoir où je veux aller et je n'ai plus besoin de me rassurer, sauf peut-être pour me dire que je ne suis que de passage ici....

    MURIEL : Je t'aime bien avec ton bordel parce que tu fais certainement des choses beaucoup plus enrichissantes que de ranger.... et si tout était à sa place, si tout était nickel ça ne serait pas toi, je t'aime comme tu es alors laisse traîner tes cahier bleus et peut-être qu'un jour quand je reviendrais, on les ouvrira ensemble si tu le veux...

    NANOU : Oui je le sais et je te l'ai déjà dit que nous avons de sacrées similitudes, c'est certainement pour ça que l'on s'est trouvées et que l'on se comprend si bien....

    JOELLE : J'espère un jour venir dans ton petit coin de paradis...

    CARELI : Yaffa cheli, peut-être que ce 8 août viendra, de toutes façons n'oublie pas, on a rencart sur le petit pont de bois....

    CHARLES : Ca m'a fait retrouver des souvenirs oubliés ou enfouis, c'est bien parfois de se remettre des choses en mémoire...

    MAE : Oui oui, un nouveau cahier quelle bonne idée !!

    HEURE BLEUE : Pour l'instant c'est loin d'être estompé, le manque se fait de plus en plus.... en France j'y ai vécu presque 40 ans, ça me donne une idée réelle d'où j'ai envie d'aller....

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  10. Ah le cahier qui reçois le tréfonds de nos pensées, y a pas mieux je crois.

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  11. Troisième tentatives pour te laisser un com
    décidément, j'ai un ordi pourri ou c'est ma connection (nouvelle) qui fait défaut
    Je disais donc; j'espère de tout coeur que ce jour tant attendu arrivera vite
    et j'espère que poussière d'obus sera alors disposé à venir vous rendre visite, car j'ai bien envie moi de connaitre ton p'tit coin de paradis
    bises
    Le Lion

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  12. BRICO GIRL : Oui ce cahier me faisait du bien, je regrette de l'avoir arrêté....

    NUAGE DE LAIT : Y a intérêt parce que sinon le poussière d'Obus je lui taille les oreilles en pointes non mais !!! je suis persuadée que ce pays te plairait à fond !!!

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  13. Perso , j'avais un carnet par année, un jour j'ai relu, et j'ai tout jeté, il n'y avait rien de gai dedans, c'était mieux de tout effacer pour recommencer un peu mieux, enfin je l'espère. Je fais tout pour, je dois dire. Enfin j'essaye. Non, j'y arrive, soyons positive !

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  14. Je ne risque pas d'oublier, ma Belle Blonde !!!

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  15. Ah ma Havera ! Ton petit cahier bleu ... avec tous les détails, le moindre de tes souvenirs et qui s'arrête au 8 août ! Un chemin parcouru nécessaire et une aide précieuse pour savoir où est ta place !
    Le "déversoir quotidien", nous avons plus ou moins toutes écrit un à une période de notre vie et j'ai plusieurs "petits cahiers bleus" du temps des galères, des questions sans réponse, ... Je ne veux pas les relire, ce serait inutile, j'ai - comme toi - trouvé ma place aujourd'hui.

    Oui, le "retour" mais pourquoi pas si cela t'apporte la sérénité et le bonheur.

    Gros bisous ma toute belle et doux we.

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  16. tu n'as jamais retrouvé ton perroquet ??

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  17. COmme quoi, on garde dans la mémoire "interne" que le bon (souvent), le soleil, les amis, .... et quand on met sur papier les moments immédiats de la vie, on se rend compte que le bleu est un peu gris, que le bonheur est cher...
    Mais Ysa, ici ou là-bas, tu retrouveras ou trouveras un équilibre, parce que ça aussi c'est écrit !!!
    Bisous !!!

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  18. Bientôt le même chemin.... tu noteras à nouveau tout, peut-être à la suite de ton cahier ?
    La vie est une aventure, une loterie, on espère qu'on a tiré le gros lot et qu'on sera heureux. Si ton bonheur est là-bas, vous y retournerez un jour ne t'en fais pas!

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  19. Bonsoir Ysa ! Ce mystérieux cahier bleu cache tes souvenirs ! j'adore te lire et découvrir ce que tu aimes dans ce pays que j'imagine si beau tout autant que sacré ! je te souhaite une radieuse semaine !

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  20. MAY : Tu as raison, un cahier avec de la tristesse ce n'est pas la peine, il vaut mieux avoir des souvenirs de gaité

    CARELI : Moi non plus Yaffa cheli !!

    HAVERA JO : Oh oui ce retour m'apportera sérénité et bonheur... je m'y vois déjà !!!

    LILI : Hélas non, j'en ai perdu deux de la même façon..

    RAINETTE : Oui je ne veux garder que le meilleur... j'espère que mon retour est écrit quelque part sinon ça serait trop triste...

    PICALOU : Non non j'ouvrirai peut-être un autre cahier, un rose avec plein de coeurs et surtout un nouveau blog tout en couleur.... I hope, I hope !!!

    JERRY LE MAGICIEN : Merci, bonne semaine à toi aussi, il fait beau c'est déjà ça, après et bien je rêve et quand les rêves sont remplis de soleil qu'est ce que c'est bon !!!

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