samedi 26 février 2011

Promenade funèbre

Il faisait beau lorsque nous avons pris la route, un air de vacances flottait dans l’atmosphère, il y avait du monde, on aurait pu y croire, mais 800 km plus loin ce n’était ni la montagne, ni la plage qui nous attendaient.

La maison était lugubre et tout souffle de vie semblait l’avoir quittée. Les grands sapins formaient des ombres mystérieuses et inquiétantes qui jouaient sur le mur. La pluie alourdissait les branches du vieux chêne qui semblait tellement fatigué… une pâle lueur éclairait l’entrée et le silence lourd et pesant ne nous invitaient pas à entrer. Au loin les hululements d’une chouette se faisaient de plus en plus pressants.

Nous sommes entrés en silence et j’ai serré ma tante et ma cousine dans mes bras, ne sachant que dire. Nous nous attendions à ce départ mais nous espérions encore, nous attendions un miracle qui ne viendrait pas, parce que c’était trop tard, parce que c’était impossible, parce que personne ne guérit jamais de cette maladie.

Trois mois seulement, trois mois pour bouleverser une vie, il était en pleine forme, un peu gêné par un calcul biliaire qui devait être enlevé, une opération bénigne, une opération de tous les jours qui ne panique personne. Le 29 novembre il entrait en clinique pour se faire enlever l’intrus, le 29 novembre au soir on annonçait à ma tante qu’en ouvrant, ils avaient découvert une tumeur derrière la vésicule, le pancréas était déjà bien endommagé, le foie était atteint et il n’y avait plus rien à faire. Le verdict était sans appel, il restait au mieux trois mois de vie.

Dimanche soir à 20 heures il a fermé les yeux pour toujours, après s’être battu comme un chef il a rendu les armes, trop faible pour continuer un combat perdu d’avance, parce que l’ennemi sournois avait déjà conquis trop de terrain et ne lui avait laissé aucune chance.

Nous avons rejoint la maison de mes parents dans le village voisin, nous avons dîné en évoquant des souvenirs. Ma nuit a été sans sommeil , je revoyais sans cesse le visage de tonton dans ce cercueil et je savais que le lendemain, jour de l’inhumation allait être difficile.

Il faisait beau mercredi matin, comme si le ciel avait envoyé ce soleil rien que pour lui. Les pelouses étaient blanches et les arbres aussi. Une perturbation était annoncée pour l’après-midi, j’ai prié pour que le soleil dure au moins jusqu’à 16 h 30, l’enterrement étant à 15 heures.

Cet été tonton blaguait en parlant de la mort, il disait « si je meurs je vous ferais tous marcher, je veux que l’on suive mon cercueil de chez moi jusqu’au cimetière à pied, pendant que je serais au chaud bien allongé dans ma boite, vous marcherez derrière moi, il y a plus d’un kilomètre, ça vous fera du bien, et il éclatait d’un rire joyeux en disant cela….. Je veux de la musique aussi, de la trompette parce que j’aime ça, puis vous direz quelques bonnes blagues à mon intention »….

Ma tata a suivi ses volontés jetées comme ça au hasard d’une conversation, parce qu’ils en avaient jamais réellement parlé, même pas quand il était malade, parce qu’il ne savait pas, on lui avait caché, il faisait des projets, il espérait, ou alors il jouait le jeu, pour ne pas inquiéter ….. On ne le saura jamais….

Nous avons suivi le corbillard à pied, de sa maison jusqu’au cimetière. Une belle promenade que nous faisions souvent, une balade sur une route qui serpente dans la forêt, une route ou l’on entend les ruisseaux chanter…..

Il y avait du monde, tonton n’était pourtant pas natif de la bas, il n’y vivait que depuis quelques années, mais il s’était fait adopter et tout le monde l’aimait, parce que l’on ne pouvait pas… ne pas l’aimer…. Nous avons mis à peu près 20 minutes pour rejoindre le petit cimetière situé devant la vieille maison, vous vous souvenez de cette vieille maison dont je vous parlais ICI, la maison de mes grands-parents, elle était triste elle aussi, lourde de souvenirs, elle semblait s’incliner.

Je suivais le corbillard avec ma tante, ma cousine et sa fille que je soutenais. La photo de tonton était posée devant la vitre et il semblait nous regarder. Durant la descente vers le cimetière des tonnes de souvenirs me sont revenus, je voyais tonton rire et j’étais révoltée, en colère de suivre ce corbillard lugubre dont seules des tonnes de fleurs l’égayaient. En colère parce qu’il gisait dans cette boîte et que c’était bien trop jeune pour partir, en colère parce que le combat qui lui avait été imposé était injuste et inégal.

Le pasteur a fait un beau discours, il a évoqué le psaume de David, le psaume 23 qu’il avait lu avec tonton 15 jours auparavant. Tonton aimait ce psaume, il aimait l’idée qu’un berger puisse le guider « Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: » Puis tata a lu un petit mot qu’elle avait préparé, un mot d’amour, un dernier adieu à celui avec qui elle allait bientôt fêter 50 ans de mariage. Nous étions bouleversés.

Un musicien a joué un air à la trompette et les membres de la chorale dans laquelle chante ma tante ont tout à coup improvisé de jolis chants, des chants d’espoir et de paix. La présidente d’un club local dont faisait partie tonton lui a rendu un magnifique hommage, entremêlé de sanglots, elle était tellement émue qu’elle arrivait à peine à parler.

Est-ce qu’on peut dire d’un enterrement qu’il est beau ? Ca parait tellement paradoxal et pourtant c’était le cas. J’aime à penser que tonton nous regardait et qu’il était satisfait. Quand la cérémonie a été terminée et que nous avons quitté le cimetière la pluie s’est mise à tomber.

Nous nous sommes tous retrouvés dans la maison de tonton, personne ne manquait à l’appel, les cousines et cousins avaient fait la route pour venir rendre un dernier hommage à ce tonton tant aimé. J’ai pensé qu’il fallait un enterrement pour tous nous retrouver et j’ai trouvé ça trop con.

Je n’ai, une nouvelle fois pas dormi de la nuit, j’ai cru voir tonton qui se penchait mais peut-être que je rêvais….. Le matin au petit déjeuner alors que les premiers rayons du soleil perçaient, un immense cerf se déplaçait sur le chemin entre la maison et la forêt. Nous étions tous immobiles en train de l’admirer, la bête était royale et un court instant nous a regardés. J’ai dit à ma mère que c’était un signe et que c’était tonton qui nous l’envoyait.

17 commentaires:

  1. ce mois de février n'a pas été un bon mois pour certains blogueurs !!!

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  2. J'ai eu du mal avec ces deux derniers billets...
    Je voudrais effacer du calendrier le mois de février...
    5 membres de ma famille, les plus proches, sont parti en février, alors chaque date est difficile à passer...
    A midi, le téléphone, une de mes tantes, on ne s'y attendait pas du tout...
    Je ne vais pas aimer cette semaine...
    Je pense à toi et je t'embrasse très fort...

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  3. Des journées que l'on voudrait ne pas existaient.

    Je te présente nos condoléances. Amitiés et bises.

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  4. c'est beau ! enfin un respect un amour un moment de douleurs de souffrances mais dans le calme et la sérénité, les mots sont peut-être pas justes mais je sais que tu me comprendras
    gros bisous ma grande
    à bientôt

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  5. zut et rezut j'ai oublié que j'adorais que dis-je J'ADORAIS J'ADORAIS J'ADORE J'ADORE J'ADORE ton fond de blog

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  6. Juste, je t'embrasse.
    Joëlle

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  7. Tous ceux que l'on aime et qui nous ont quitté nous font signe de là haut, à un moment ou à un autre. Il faut juste y faire attention!
    Je t'embrasse!!!!

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  8. Ah que tu écris bien ma Havera +++ La peine sublime tes émotions et tu sais les extérioriser par des mots qui, mis bout à bout, font des textes fluides, poignants, vivants. En bref, ON S'Y CROIRAIT !

    C'est toujours triste de perdre un être cher mais ton Tonton de Corrèze était encore près de vous et devait bien rire de vous voir marcher derrière lui sur ce joli chemin de campagne comme il l'avait lancé en boutade !!!

    Je crois très fort que nos morts restent encore à nous observer pendant un bon moment avant de partir "là bas je ne sais où" mais quelque part car il le faut bien .....

    Mille pensées et bisous

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  9. La mort n'est jamais facile à accepter, voir un être cher partir est très difficile mais malheureusement on ne peux aller contre..
    Toute mon affection dans le chagrin qui est le tient... christine

    http://lebleucobalt.canalblog.com/

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  10. Je pense à toi dans ce moment difficile. Tes paroles sont un très bel hommage pour cet homme qui devait être formidable puisqu'il comptait tant pour toi...
    Je t'embrasse tendrement, ma belle blonde.
    Dan

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  11. En retard mais j'avais posté lors du premier billet
    Condoléances
    Bises
    (la description du trajet de la maison au cimetière me fait penser à celui de la maman de mon mari)

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  12. des moments inoubliables, les adieux sont toujours difficiles

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  13. C'est un bel hommage que tu lui as fait là
    tu vois, tu as encore une fois réussi à me faire pleurer
    Je me souviens la dernière fois que je l'ai vu c'était là aussi pour un triste évènement : l'inhumation de ton tonton Christian
    Gros bisoux
    Le Lion

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  14. C'est triste mais tellement bien écrit, qu'on se croirait en train de lire un roman.
    Bel hommage.

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