vendredi 21 janvier 2011

Convoi exceptionnel

Avril 1997, nous venons de passer 10 jours de vacances en Israël et nous rentrons en France. Nous attendons notre tour pour enregistrer nos bagages. Il y a du monde en cette fin de soirée à l’aéroport Ben Gourion, les vacances se terminent et beaucoup de gens rentrent chez eux.

Il y a bien une dizaine de personne devant nous, nous songeons à changer de comptoir mais ça ne servirait à rien, les autres affichent complet aussi, il ne nous reste qu’à prendre notre mal en patience et je m’énerve parce que ça me fait perdre du temps pour batifoler après dans les boutiques détaxées.

Elle est à part de la file, immobile et figée comme une statue, je ne fais pas vraiment attention à elle, je la trouve très élégante et je me dis que pour voyager habillée comme ça, c’est pas pratique. Je savoure le peu de temps qu’il me reste à passer ici et comme à chaque fois, repartir est pour moi très difficile.

Elle discute avec des agents de sécurité, je la vois qui s’agite un peu…. Il doit y avoir un problème avec elle ….

Elle balaie les files d’attente de ses grand yeux et…. Tout à coup….. se précipite vers nous à grandes enjambées….

- Vous enregistrez pour Paris n’est ce pas ?

- Oui Madame

- Est-ce que je peux vous demander un service ?

On se regarde surpris avec le Jules, se demandant bien ce que cette charmante dame nous veut

- Voilà, mes deux enfants doivent rejoindre leur papa qui est en France, le problème c’est qu’ils voyagent seuls et qu’ils sont mineurs. La compagnie EL AL accepte de les prendre que s’il y a un adulte pour les accompagner.

Sans ce concerter l’un et l’autre, nous acceptons tout de suite et en chœur de prendre en charge les enfants. La jeune femme semble soulagée mais nous glisse doucement

- Les enfants viennent de Gaza

Nous ne prêtons pas attention à cette dernière phrase, même si nous avons bien capté l’un et l’autre, pour nous peu importe la nationalité, la religion, l’appartenance des enfants à une quelconque communauté, il leur faut un adulte pour pouvoir prendre l’avion et rejoindre leur papa, ça nous suffit comme explication.

S’ensuivent des papiers à remplir parce que bien sûr, on ne confie pas comme ça des enfants à des inconnus et là-dessus les Israéliens sont très pointilleux. Jules se retrouve donc la personne référente, celui à qui on prend le passeport qu’on décortique à la loupe, celui dont le nom se retrouve couché partout sur des papiers et qui signe à tour de bras, celui qui pourrait être responsable en cas de problème.

Finalement je me dis que nous voilà avec une bien grande responsabilité sur les bras, moi qui pensait passer un voyage tranquille, nous sommes investis d’une mission de la plus haute importance….

La dame arrive avec ses deux marmots qui sont bien mignons, le garçon doit avoir 9 ans et la fille peut-être 7, elle nous les présente, ils nous saluent et écoutent les directives de leur maman. J’écoute moi aussi les directives car si le Jules est responsable sur le papier, c’est bien moi qui vais me coltiner la marmaille durant le voyage. Ce qui m’inquiète c’est pour la remise des enfants dès notre arrivée à Paris, qui les récupère, y a-t-il un numéro de téléphone etc……

Ne vous inquiétez pas dit la maman, une personne sera là pour les prendre, je ne sais pas si ça sera le papa des enfants mais de toutes façons les enfants le reconnaîtront.

On est bien avec ça tiens ! la dame n’est même pas fichue de me dire qui va récupérer les enfants à l’aéroport, je trouve ça louche bien évidemment, je ne dis rien mais je commence à stresser un peu.

Dans la salle d’embarquement je suis en réunion avec moi-même…. « Mais pourquoi ça tombe sur nous ? y a des centaines de personnes qui attendent avec nous dans cet aéroport et elle se dirige vers nous…. Comment c’est possible, elle a fait un tirage au sort ? y avait trois noms dans un chapeau, Ysa, Jules, Ysajules et hop c’est tombé sur Ysajules….. pourquoi elle a pas demandé aux gens qui étaient derrière nous, ils avaient des gosses en plus, ça aurait été plus simple, mais non, nous…. C’est toujours sur nous que ça tombe ce genre de chose, à croire qu’on a la tête de l’emploi….. Pffff, !!!

Le voyage se passe sans encombre, les gamins sont plutôt calmes, j’essaie de parler un peu avec eux mais devant leur enthousiasme à me répondre je lâche vite fait l’affaire. Le Jules est tranquillou, peinard, il fait son petit tour dans les allées, cause avec tout le monde et moi je reste rivée à ce putain de siège parce que je ne veux pas lâcher les deux zoziaux d’un poil.

Arrivés à Paris je suis tout à coup prise de panique, et si jamais la douane ne les laissait pas entrer, je me fais mon film catastrophe à moi toute seule et je tremble au passage de la douane mais tout se passe correctement.

- Allez les enfants, on file récupérer les bagages et après on va trouver les personnes qui viennent vous chercher.

Il n’y aura pas besoin de chercher bien loin. A peine arrivés près du tapis qui dessert les bagages un homme s’avance vers nous, il est en costume noir grand et typé, les enfants semblent le reconnaître et courent vers lui.

Il me salue et dit qu’il a déjà récupéré les valises des enfants. Je le regarde interloquée, comment peut-il se trouver là, dans cette zone de sécurité ou ne peuvent se trouver que les voyageurs ou le personnel de l’aéroport et en plus comment peut-il avoir déjà récupéré les bagages des enfants puisque les premières valises se présentent à peine sur le tapis.

Il sent notre méfiance et nous assure de ne pas nous inquiéter. Il travaille avec le papa des enfants et les enfants le connaissent bien. Effectivement je n’aperçois aucun problème entre les enfants et lui, en plus il me parle de la maman des enfants qu’il semble aussi connaître.

Il nous remercie d’avoir accepté de prendre les enfants en charge et nous donne une petite carte « c’est un restaurant sur Paris, vous y êtes les bienvenus, pour vous remercier nous vous offrons un diner gratuit, il vous suffira juste de téléphoner avant pour réserver ».

Je me retrouve avec une carte de visite d’un restau de cuisine libanaise dans un quartier chic de Paris. Je salue les enfants qui partent avec l’homme en noir. Ils ne sortent pas par la sortie normale mais par une porte dérobée qu’un agent de l’aéroport ouvre doucement.

A ce jour, je me demande toujours qui sont ces enfants que j’ai convoyés…..

12 commentaires:

  1. Ah oui troublant!!!!
    Il y a de quoi se poser des questions: Célébrité, Mafia..^^ J'aurais bien aimé savoir moi aussi^^
    Bises

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  2. Ouf! Palpitant pour les lecteurs que nous sommes, mais très spécial à vivre pour vous deux! Inquiétant pour toi sur le moment, je le comprends.
    Etes-vous allés au resto libanais? À suivre?

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  3. Une aventure encore.
    Et vous êtes allés manger dans ce resto ?

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  4. Un bon début de roman, moi aussi je me pose des questions!

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  5. comment ne pas se poser de questions ?? ce seront toujours deux enfants qui éviteront l'horreur !

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  6. J'aurais bien aimé savoir aussi... sûrement les enfants d'un quelconque politicien ou autre ?
    Alors ce libanais ? C'était bon ?

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  7. VICTORIA : Ca restera sans réponse malheureusement...

    MARICO : Bienvenue ici, non nous ne sommes pas allés au restau simplement par manque de temps (nous habitions en Normandie à l'époque)et puis après on a oublié....j'ai retrouvé un jour la petite carte et je m'étais promis de téléphoner, puis on m'a volé mon sac et la carte avec....

    ANGELITA : Non et je le regrette bien !!

    BRICO GIRL : Des questions sans réponse, ça m'agace

    MAE : Je pense que la maman des enfants était en poste à Gaza et que les enfants vivaient à Paris avec leur père

    PICALOU: Oui la maman devait être diplomate ou autre chose va savoir et le papa devait certainement avoir un poste important lui aussi....

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  8. Il vous arrive toujours de ces trucs à vous ...
    Joëlle

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  9. J'ai rencontré un prof qui vivait à Gaza...J'espère que tu as profité de l'invitation...

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  10. Et bien ça m'arrive quelquefois que le chauffeur de mon chef me retrouve devant les bagages à l'aéroport, il a déjà le charriot disponible et est prêt à empoigner les multiples valises que nous ramenons chaque été. Il est en fait garde du corps et a tous les papiers nécessaires pour s'assurer des entrées partout sans attendre, sans faire attendre.Les enfants le connaissent bien et ils lui sautent au cou quand il arrive...
    Je ne suis pas une célébrité, je ne fais pas partie de la mafia j'le jure m'ssieur l'agent!
    Il y a juste des gens qui ont leurs petites entrées ici ou là.
    En tout cas tu es drôlement gentille d'avoir accepté de t'occuper de ces petits!

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  11. JOELLE : Bein voui, avec nous on ne s'ennuie jamais, quoi que j'aimerai bien une peu de traditionnel parfois....

    HEURE BLEUE : Même pas, j'ai laissé la carte dans le fin fond de mon portefeuille et le temps a passé....

    CLOCHETE : non je n'y suis pas allée et je le regrette bien !!

    PASCALE : Bein écoute j'en sais rien je pense que c'étaient des gosses de diplomate certainement..... bon t'es pas une vedette mais ça c'est toi qui le dis !!! un garde du corps quand même !!!!

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