lundi 22 novembre 2010

Mon Jules, ce héros....

A cette époque, Israël était notre destination de voyage. Nous rêvions d’y habiter mais n’avions pas encore fait le grand saut, chaque visite nous rapprochait un peu plus de notre idéal et les retours en France étaient moroses.

Nous étions en 1997 et avions décidé de nous rendre en Eretz pour les fêtes de Pessah, Rébecca n’était pas née, Marianne et Romain étaient en vacances avec leur père.

Comme à chaque fois nous parcourions le pays de long en large, nous nourrissant des paysages Israéliens, aveuglés par les couleurs que l’on ne trouve nulle part ailleurs, charmés par la gentillesse des gens et toujours très étonnés par la désinformation qui sévissait sur les chaînes de télévision française.

On se partageait toujours entre Eilat, la Mer Morte et Jérusalem, le parcours était bien ficelé, les hôtels réservés à l’avance et le programme aussi, il fallait être méticuleux car nous voulions en profiter un max et voir le plus de choses possibles.

Ce jour là nous étions à Jérusalem et j’avais tout à coup décidé que je voulais aller voir la tombe d’Oscar Schindler ce qui n'était pas prévu.  Nous savions qu’il était enterré quelque part sur le Mont Sion et il ne nous restait plus qu’à prendre la bonne direction pour y arriver.

Mais la bonne direction dans Jérusalem ce n’est pas toujours évident, surtout pour les néophytes que nous étions à l’époque. J’ai commencé à trouver que les quartiers étaient bizarres et que les routes devenaient étroites. Jules était certain qu’on allait très vite regagner un grand axe routier et retrouver des panneaux qui nous indiqueraient notre chemin.

Jules et son éternel optimisme, toujours persuadé de sa bonne étoile, agile comme le chat qui retombe sur ses pattes, se prenant pour un phénix. Je crois que ce jour là, mon héros a quelque peu été égratigné. Il a fini par se rendre compte que nous étions paumés.

C’était l’heure de la sieste et il n’y avait pas beaucoup de monde, « on demandera notre chemin dès qu’on apercevra quelqu’un » me dit-il d’un ton assuré mais moi assurée je ne l’étais pas car j’avais déjà une petite idée de l’endroit où l’on pouvait se trouver ayant aperçu quelques minutes plus tôt un âne famélique attelé à une charrette sur laquelle était disposé de la ferraille.

Mes soupçons furent bien vite confirmés. On arriva tout à coup dans une ruelle plus étroite que les autres où il nous fallut ralentir et presque rouler au pas afin d’éviter des jeunes qui jouaient au football.

Dans notre voiture de location à la plaque d’immatriculation israélienne, on ne passait pas inaperçus et on s’est très vite retrouvés encerclés par les jeunes qui nous regardaient et tentaient d’ouvrir les portes que Jules avait eu le réflexe de bloquer.

J’ai eu un moment de panique, c’était angoissant et suffoquant de voir tout ce monde agglutiné autour de la voiture et c’était l’inconnu. Qu’allait-il se passer, est ce qu’ils allaient nous balancer des cailloux, essayer de briser les vitres du véhicule. Que pouvait-on faire tous les deux enfermés là dedans avec au moins 30 personnes dehors.

Les loustics commençaient à bien s’échauffer. Je regardais le Jules, je me disais que notre heure était venue et que deux semaines avant, des gens avaient été blessés de la même façon parce qu’ils avaient loupé une route et s’étaient retrouvés dans un style de quartier comparable à celui là. Ma claustrophobie ne faisait qu’augmenter ma panique et je commençais à avoir du mal à respirer. « Calme toi, respire un grand coup je vais leur parler » me dit le Jules d’un ton calme.

Je me suis dit qu’il était devenu fou, et que s’il sortait c’était certain il allait se faire étriper. Je me souviens de lui avoir dit de foncer dans la foule et je pense que si j’avais eu le volant c’est ce que j’aurai fait mais mon héros a gardé son sang froid et avec un flegme britannique il a baissé la vitre du véhicule.

Le silence s’est fait tout autour de la voiture et le Jules a commencé à parlementer en arabe. Je crois que c’est ce qui nous a évité les embrouilles. Les jeunes très étonnés lui ont demandé d’où il venait, il leur a raconté qu’il était né en Tunisie et pour les amadouer leur a même sorti quelques versets du coran.

Droit dans le mille qu’il a tapé mon Jules, c’est tout juste si les jeunes ne voulaient pas qu’on aille se boire un coup ensemble. En deux temps trois mouvements, ils étaient devenus potes. Très vite ils se sont retirés de la voiture et seuls les plus âgés sont restés, chacun mettant son grain de sel pour nous indiquer le chemin.

Je leur faisais des sourires mais je riais jaune, je tremblais et je crois que je remerciais Dieu de nous avoir tirés de cette embuscade.

Grâce aux indications, nous avons retrouvé très vite notre chemin. Jules m’a avoué plus tard avoir eu un moment de crainte mais il ne voulait pas le montrer. Ce jour là, il a mille fois remercié son père de lui avoir fait lire le coran étant plus jeune.  A cette époque il vivait en Tunisie et son père lui avait dit que s’il voulait comprendre la religion de ses copains musulmans il devait s’instruire et lire leur livre saint.

On peut dire que nous avons été sauvés grâce au Coran et un peu grâce au Jules aussi !!!!

Nous sommes retournés à Jérusalem et n’avons pas vu la tombe de Schindler, trop d’émotion pour moi, je ne l’ai visité que l’année d’après et cette fois là, nous avions une carte routière dans la voiture !! 

20 commentaires:

  1. Elle est belle ton histoire et émouvante...
    Je me demande si les hommes ne sont pas tous pareils, ne jamais vouloir demander leur chemin !
    Quant à son père, il est très respectueux, essayer de comprendre l'autre avant de juger et de se faire des idées toutes faites...
    J'aime lorsque tu racontes tes souvenirs, ton pays...
    Maintenant vous avez le GPS, pratique mais dommage aussi, on loupe toutes les petites routes...
    Quand un héros rencontre une héroïne, cela donne de belles histoires !
    Je t'embrasse très fort et ça y est c'est le matin, bonne nuit !

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  2. Tout ce que l'on nous apprend jeune peut nous éviter à un moment donné et là heureusement que cela a été le cas

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  3. J'ai lu la bible, mais pas encore le coran, Ils n'ont pas voulu me le prêter à la biblio, mais je le ferai un jour, j'aime bien les "histoires" de religion, et ton histoire prouve que j'ai peut être raison, pour comprendre.

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  4. comme quoi il faut parfois peu de chose, pour aplanir les difficultés.... Belle journée chez vous.

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  5. Merci à Jules, oui !

    S'il n'avait pas su le Coran, il aurait trouvé autre chose. Son arme était son sang-froid, son intelligence...^^

    Besos Ysa

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  6. Bravo Jules, bien joué !!!
    Juste une question me taraude : si les rôles avaient été inversés (un couple d'arabes au milieu d'Israëliens), ce jeune couple aurait-il eu la moindre raison de se méfier, de se sentir menacé, de ressentir de la terreur ?
    Je ne crois pas, même s'ils ne connaissent pas la Torah, ni un seul mot d'hébreu !...
    (CQFD)

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  7. avec Sco, tout aurait été réglé en 4 ou 5 coups de silencieux... :)
    mais bon Jules a fait ce qu'il fallait et bravo à lui.

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  8. Ma Tornade a échappé au pire en faisant le signe de croix, elle est bretonne et parfois ça aide d'avoir reçu une éducation religieuse. J'ai trouvé cette tombe en me promenant, au hasard...

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  9. ou comment un israelite doit son salut au coran ! je l'ai feuilleté et je n'aurai pas été capable de citer quoi que ce soit !

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  10. wouah .... dur dur... cela devait être très éprouvant... mais encore une fois le bon sens et le sang froid ont gagné...
    comme quoi
    je te fais de gros bisous ma petite Ysa à bientôt

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  11. Pis le talmud aussi ,enfin j'aimerai lire tous les livres qui traitent des religions du monde.
    En fait un jour, je les aurai tous chez moi. et je lirai ce que je voudrai, bon quand je dis tous, je ne sais s'il y a des livres sur le chamanisme, la religion celte, romain egyptien, grec anciens j'ai même incomplet car une vie ne suffirai pas à " connaître" ne serait ce qu'une religion; mais voilà quoi j'aimerai m'instruire sur ça . Même si je ne crois en rien, ou peut être justement parce que je ne crois en rien, rien dans le sens entité quoi !

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  12. Beau symbole, le coran au secours d'un juif.
    Joelle

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  13. Il est trop fort Jules !!! Bisous Ysa et courage pour les marches de noel ...

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  14. je ne savais pas que tu avais un blog puisque je te vois sur FB !Chouette blog j'ai eu peur avec toi quend tu t'es perdue et j'ai eu envie de flanquer une gifle à la vilaine pas belle qui n'avait pas confiance en toi ,en vous et en vos produits Pourquoi y a t-il toujours des personnes comme cela pour nous gâcher la vie ? Je sais que tu as plein d'énergie ,grosses bises
    Sonia

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  15. Bonsoir Ysa ! j'adore tes témoignages et j'accroche à chaque fois ! pris dans le feu de l'action et j'aime beaucoup la conclusion : Tu as été sauvé grâce au Coran et un peu grâce au Jules !

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  16. La langue est un sésame "ouvres toi" magique et je l'utilise beaucoup ici .....

    Gros bisous ma Havera

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  17. Mais alors, vous y êtes arrivés sur la tombe de Schindler ? (celui de la liste ?) vous avez posé un caillou aussi ?

    Aucun rapport, mais mon psy qui est ... ben juif aussi, s'appelle Sion, comme son frère, mon dentiste !!!
    Ysa, oui, il a eu raison le père de ton Jules et j'ai un collègue, musulman, qui est en train (parce que je le lui demande) de m'expliquer un peu le Coran !
    J'ai toujours été plus curieuse des autres religions que de la mienne !!!

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  18. Pour la première question... je suis nulle, j'ai pas lu la fin je crois !!!
    Alors une question à la place : on peut lire la Torah en français ? j'avoue que l'hébreu, c'est un peu de l'hébreu pour moi...
    Ysa, tu ne ferais pas prof d'initiation à la religion juive si je te le demandais gentiement ?

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  19. il a eu beaucoup de sang froid

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