mardi 9 novembre 2010

La Bouffonne (part 2)

Le lendemain matin, nous passons deux heures avec le rendez-vous de début de Matinée. Un homme charmant qui nous reçoit dans son bureau, nous offre du Café et du thé, un entretien très intéressant qui devrait être fructueux mais nous ne pouvons nous attarder plus longtemps, nous devons passer chez la Bouffonne avant de rejoindre la banlieue de Pontoise.

La veille j’ai refait le devis sur mon logiciel de gestion commerciale et puisqu’elle m’a signé la commande j’ai également préparé celle-ci, notre rendez-vous est une simple formalité, une signature et le passage de la carte magique dans mon appareil. Je ne sais pas pourquoi mais y a comme un truc qui cloche. Je me garde bien de le dire au Jules car il s’énerve de suite et me dit toujours que je ne sens que les choses négatives, je suis pourtant persuadée que cette vipère nous prépare un coup de jarnac.

Nous nous garons solennellement devant l’antre de la bête,  la boutique de la cliente en chef. Le Jules entre très vite, comme s’il avait été catapulté à l’intérieur, trop content certainement de récupérer une commande, je traîne les pieds, je sens des ondes négatives dans l’air, je voudrais retarder le moment mais il faut bien y aller.

Elle est dans une toute petite pièce juste derrière le comptoir et semble très animée. Elle nous salue rapidement et continue sa conversation téléphonique. Je l’entends s’énerver avec son interlocuteur « si c’est comme ça j’annule mes prélèvements » !!!

Cette phrase m’interpelle et me conforte dans l’idée que nous avons face à nous un bien étrange personnage. Hier déjà elle nous sortait ses théories à deux balles sur la confiance, j’ai bien l’impression que cette sorcière n’a confiance en personne et peut-être même pas en elle-même.

Encore une fois elle se glisse vers nous comme si elle rampait et elle me fait penser à un serpent à sonnettes. Elle prend une grande respiration comme si elle allait nous annoncer la mort de son poisson rouge. J’ai déjà déposé mes documents sur le comptoir sans grande conviction mais dans le but d’abréger l’entretien car nous avons de la route et des rendez-vous. La surprise ne se fait pas attendre, elle commence son one man show.

« J’ai bien réfléchi, je ne vous connais pas alors je ne vais pas passer la commande » J’ai une furieuse envie de me retourner vers mon binôme pour lui lancer à la figure « j’ai gagné » mais comme je ne lui avais rien dit de mes pressentiments je m’abstiens.

Le Binôme voit rouge et demande des explications ce que bien évidemment Vipère au Poing ne peut donner, alors elle brode…. « en fait je ne vais pas passer commande tout de suite, puis j’ai essayé de vous joindre, je n’arrive pas à vous avoir « bein oui cocotte, si on croit pas celle là tu nous en raconteras une autre….. « puis c’est vrai je ne connais pas votre Société, mais bon, ma fille m’a dit de ne pas me fâcher avec vous parce que peut-être qu’elle vous passera une commande après »

Les machoires du Jules sont crispées, ce sont des signes annonciateurs qui ne trompent pas, je connais mon loustic par cœur et je sais qu’il va déclencher l’ouragan alors je prends les choses en mains et je suis d’un calme Olympien que d’ailleurs je ne reconnais pas.

Je laisse la bouffonne déblatérer et je récupère mes documents sur le comptoir, je les glisse dans mon cartable et je me dirige vers la porte. La Bouffonne semble surprise de mon attitude. Je la regarde et lui dit « vous avez raison Madame, nous ne devons pas travailler ensemble ».

Le Jules ne pipe pas, il me connaît et a compris qu’il fallait me laisser faire. Il est lui-même très en colère, il connaît ses limites et à ce moment précis se dit qu’il vaut mieux qu’il se calme. La bouffonne semble étonnée aussi, elle embraie une nouvelle fois sur l’histoire de la confiance, en essayant de noyer le poisson « vous comprenez dit-elle en balbutiant, comment travailler comme ça, il n’y a aucune confiance de part et d’autre ».

Je l’arrête tout de suite, je la regarde froidement et droit dans les yeux comme je sais faire quand on me prend pour une conne « Vous avez raison Madame, il n’y a pas de confiance, mais juste de votre part et pas de la nôtre, dans de pareilles conditions, je ne souhaite pas travailler avec vous ni prendre votre commande, j’ai l’habitude de travailler en totale confiance avec mes clients, quand la confiance n’est pas au rendez-vous, ça n’est pas la peine et ça ne m’intéresse pas. Au-revoir Madame."

La Bouffonne reste coite. Droite comme un I elle prend racine au beau milieu de son foutoir et ne sait que répondre. Elle montre des signes d’énervement, s’agite de petits tics nerveux. Nous montons dans la voiture et ne parlons pas nous non plus, afin de ne pas rompre cet instant et en savourer toute l’intensité.

Ce n’est que quelques kilomètres plus tard que nous analysons la chose, on vient de paumer une commande….. et on éclate de rire !!!!

14 commentaires:

  1. Suis déçu moi.
    Même pas une engueulade ou un pot de farine à la figure !
    C'est vrai, y'a pas que l'argent dans la vie...^^

    Besos Ysa et Jules

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  2. Tu es géniale avec ou sans commande !
    Ta façon de raconter, comme au cinéma et on voit très bien la scène !!! Ysa continue à nous faire sourire, je sais je ne devrais pas te dire ça, mais vous êtes incroyables tous les deux !!!!
    A la prochaine ça se passera bien, et heureusement que tu es une finie psychologue !!!
    Jules à tout intêret à te faire confiance, tu es une perle, une pépite de femme et de commerciale !!!!
    Je t'embrasse fort, et puis tien Jules aussi, vous le valez bien !!!!!!
    Je file au lit, je n'ai dormi que trois heures la nuit dernière !!!!

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  3. Tu es une pro
    Il vaut mieux que toi, aussi, tu aies confiance

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  4. La confiance en affaires est une denrées de plus en plus rare. Bonne chance pour la suite.

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  5. vous avez bien fait, parce que c'est le genre à ne pas honorer ses commandes à coup sur!

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  6. Excellent ! Mais dis, tu nous racontes un jour un RV réussi ? Vous devez en avoir quand même, un RV bien juteux, avec plein de zéros sur un chèque ! Allez Ysa !

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  7. mdr tout à fait ce que j'aurai dit, mais moi sans le vouloir en plus, j'ai le chic pour ça.
    Quand on m'énerve et que je sais que ce n'est pas la peine d'insister , je tourne la page et j'avance.
    Tu as eu tout à fait raison, pas la peine de faire du sur place avec ce genre de personnage.

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  8. Bien joué ! Ca c'est du flair ! Non mais elle se prend pour qui celle-là ?!
    En fait, vous avez gagné un sacré bout de temps en ne vous attardant pas chez elle.

    Avec tes descriptions précises et très imagées, je n'ai aucun mal à imaginer son apparence et tu sais quoi : elle ne m'inspirait pas confiance non plus !!!

    Bigbiz belle blonde !
    Dan.

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  9. Avoue que parfois, ça fait du bien de perdre ce genre de cliente !!!

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  10. Le rire est la meilleure des therapies !! Ta boufconne , faut meme plus y penser !!!

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  11. C'est un régal que de te lire car on s'y croirait !

    Une tournée de star en colère et toujours le dernier mot avec humour ! Cette bouffonne était bien antipathique et tu as eu raison de lui clouer le bec.

    Dur dur de faire des affaires aujourd'hui et je vous admire beaucoup pour votre ténacité.

    Gros bisous ma Havera et bonne journée.

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  12. JACK LE PIRATE : Hé non, rien de tout ça.... bein oui ça manque d'action, c'est l'âge certainement, on devient plus sage...

    VIRGINIE : Fine commerciale pas certain, le commerce c'est pas mon truc, j'aime expliquer mon produit mais après c'est le Jules qui entre en action, ceci dit quand on me prend pour une conne, parfois je réagis bien !!

    ANGELITA : Oui pour moi il faut une relation saine entre le client et le vendeur et une confiance ça c'est certain, si ces deux conditions ne sont pas réunies, ça me fait chier de vendre à quelqu'un...

    BRICO GIRL : Oui tu as raison, mais moi je veux fonctionner comme ça... peut-être que ça me perdra....

    MAE : Oui c'est une drôle de bonne femme, elle nous aurait fait des embrouilles par la suite j'en suis certaine....

    JOELLE : Oui oui bien sûr, il y a de belles rencontres et parfois de belles commandes...

    MAY : Oui oui tourner la page et avancer, je crois que c'est la meilleure solution...

    DAN : J'aime bien décrire les gens, parfois je décris comme je ressens... celle là crois moi une vraie vipère...

    HEURE BLEUE : Oh oui ça fait du bien !!

    EMMA : Je l'ai rayée tout de suite celle là, tant pis pour elle, elle ne sait pas ce qu'elle a perdu !!!

    JO "Havera" : Oui c'est compliqué aujourd'hui parce que les gens n'ont plus de parole, ils s'emballent et changent d'avis, je ne peux pas travailler comme ça....

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  13. elle n'aurait pas payé après réception de la marchandises, c'est sûr !

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  14. Alors ça c'est envoyé !!!!
    Et tu as certainement ressenti un bien être intérieur après cela ...
    Désolée de ne pas être très présente actuellement.
    bises

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