mercredi 29 septembre 2010

Un cht'io coup

Quelque part entre Armentières et Lille, dans un village dont je n’avais jamais entendu le nom, nous déambulons à la recherche d’un endroit où nous pourrions boire un café. Il est 10 heures 30, nous avons quitté la maison tôt ce matin, levés depuis 6 heures, un rendez-vous déjà d’assuré, il est bon de pouvoir prendre un petit remontant avant de poursuivre vers Lille et Villeneuve d’Ascq ou d’autres rendez-vous nous attendent.

Les cafés sont soit fermés soit un peu limite et je ne veux pas m’y aventurer, force est de constater que dans ces villages le choix est vite restreint et c’est mission impossible d’éviter le troquet du coin.

Jules a terriblement envie de son expresso alors je me laisse embarquer dans un espèce de café/tabac/PMU, un truc que rien que tu passes devant t’as déjà pas envie d’y entrer.

Quand nous franchissons la porte, 8 paires d’yeux nous dévisagent, un silence éphémère envahit la pièce et nous nous asseyons bien vite à la première table près de la porte. Les conversations reprennent et j’ai tout loisir de « zieuter » comme j’aime le faire. Ici pas besoin de tendre l’oreille, tout le monde peut entendre ce qui se dit.

Le patron est un grand sec, cheveux grisonnants, lunettes et pullover près du corps, il discute avec Trois acolytes accoudés au zinc qui sifflent des verres de bière à grande vitesse. Ils ont le teint bien échauffé et on ne peut pas mettre cela sur le compte du froid parce que ce jour là, le soleil perce à travers les nuages et la température est plutôt douce.

A la table derrière nous, c’est un ballon de gros rouge qui accompagne un petit monsieur d’un certain âge qui dévore la voix du Nord avec entrain. Il tourne et retourne les pages, lève parfois la tête et acquiesce à la conversation des trois loustics en s’autorisant même de petits commentaires.

Au fond, un peu plus en retrait, deux ouvriers sortis tout droit de germinal refont le monde à coup d’absinthe. Ils nous jettent de furtifs regards et continuent leur conversation. Si l’on ne parle pas le cht’i, c’est peine perdue, on ne comprendra rien.

Mais c’est elle qui capte le plus mon attention, elle s’affaire côté cigarettes, c’est elle qui fait la vente et enregistre les tickets de loto. Quand il n’y a personne, elle rejoint le patron derrière le comptoir pour discuter avec le trio, ranger les verres, et essuyer le bar. Elle a tout d’une Madame Claude sur le retour et c’est dommage parce que son maquillage outrancier gâche les traits de son visage qui est plutôt joli, ses cheveux sont trop blonds, un blond à la Marilyne mais qui ne sied qu’à Marilyne et qui sur elle prend des allures plus que vulgaires. Son legging noir dessine des formes plus que pulpeuses et son petit pull en V trop serré laisse entrevoir une opulente poitrine qui risque à chaque instant de prendre la poudre d’escampette.

Un homme fait son entrée, journal sportif sous le bras, il est petit et trapu, un peu plus jeune que les autres et visiblement plus malin. Il est attendu de pied ferme par les mousquetaires qui lèvent les bras au ciel de soulagement quand il fait son entrée, il était temps qu’il arrive, ils n’attendaient plus que lui. On dirait une sorte de chef parce que lorsqu’il parle, la bande boit ses paroles. C’est certainement un habitué parce qu’il n’a pas besoin de commander, son café est prêt avant même qu’il ait posé le pied sur le rebord du comptoir. Il entame la discussion et il mène la danse, même le patron s’est rapproché pour pouvoir discuter…son auditoire taperait presque des mains à chaque mot qu’il prononce et c’est assez amusant à regarder.

Je capte des bribes de phrases de ci, de là…..

- j’éto chez l’véto avec l’kien (j’étais chez le vétérinaire avec le chien)

- J’vais acater l’pain et j’retourne (Je vais acheter le pain et je reviens)

- T’as allumé tein feu ?

- L’est ric et rac, l’a pas touché eusse quinzaine (il est fauché, il n’a pas touché son salaire)

- L’est fin bieau mais l’est coureux cht’homme là….. (c’est un bel homme mais il n’est pas fidèle)

Elle vaque toujours à ses occupations, fait les allées et venues entre le bar et son coin tabac et comme tous les autres jette de temps en temps un œil vers notre table. Il faut dire que l’on dénote beaucoup dans ce décor. J’ai l’impression d’avoir fait une sorte de voyage dans le temps….. on est bien loin des cafés animés de de la plage de Tel-Aviv où on se prend des petits déjeuners sucrés/salés, face à la Mer, planqués sous les parasols pour éviter la chaleur déjà bien présente le matin….

Ici c’est tout simplement….. Bienvenue chez les cht’is….

16 commentaires:

  1. Scène de vie en tous les cas bien racontée

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  2. Ah, chaque région du monde a son accent, ses habitudes...Ca, c'est les ch'tis!!^^

    Besos Ysa !

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  3. trop drôle ! si je n'avais pas vu le film,je n'aurais pas pu bien saisir l'ambiance ! Je vous imagine là dedans, mdr !

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  4. Hé bien Me Kind, je ne savais pas que tu connaissais le ch'ti
    pour le Flammand , je savais mais là tu m'épates ;-))))))
    Ce devait ^tre au fin fond de la campagne ce troquet ;-)))mais ça existe
    bises
    Le Lion

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  5. et voilà comment Ysa arrive à nous transformer un simple moment en un récit captivant!
    bravo!

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  6. Viens ici en Alsace et tu verras !
    Dans mon village beaucoup parle Alsacien sauf les très jeunes même si certains le comprennent puisque chez eux on se parle en dialecte !
    Il y a même une vieille dame qui promène son chien tous les jours et tout le long de la ballade elle lui parle en Alsacien, lorsqu'elle arrive devant chez moi elle parle à ma chienne " Toi je te parle en français parce que tu comprends pas sinon..."
    Willkomme en Elsàss un bis bàll !
    (Bienvenue en Alsace et à bientot)

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  7. j'adore ta manière de raconter, où les petits détails prennent la première place rendant tout de suite l'ambiance intime du moment comme si on y était ! tu devrais le faire plus souvent pour notre plaisir !!

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  8. ah mon Ysa quel bonheur de lire ton récit...c'est encore mieux que les brèves de comptoir...je me suis ré-ga-lée.....Tizaut t'étaus vraimint pas eune babache pour écrire, cha voit que t'avaus été à l'école...merci pour ce délicieux moment

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  9. C'est un autre monde à redécouvrir...

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  10. J'adore ce genre d'endroit typiquement "régional" et tu le décris trés bien :-)

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  11. De retour chez toi, ma belle Ysa !!!
    J'en ai râté des anecdotes !
    Bon alors c'était qui ce mec finalement ?
    Y'aura une suite à ton histoire ?
    T'es vraiment douée pour captiver notre attention et attiser notre curiosité...

    Salut belle blonde...
    Dan.

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  12. Compliques leurs mots, bon sang...!

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  13. Hahaha, c'est partout comme ça, même chez nous! Je ne m'y risque pas, car même si tu es du coin, tu es regardée de travers, genre "qu'est ce que tu viens ici, embêter notre tranquillité et habitudes ??!" mdr

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  14. ANGELITA : j'aime bien décrire ce que je vois, à ma façon bien sûr

    JACK : oui chaque région à son patois, c'est plutôt rigolo ici...

    LILIPLUME : Rooo si tu nous avais vus.... on était mignons tiens !!!

    LION NUAGE DE LAIT : Je ne connais que quelques mots, n'oublie pas que ma grand-mère du côté de mon père était de Lille, avec l'oncle Honoré on y avait le droit, puis j'ai appris aussi avec Myrtal qui était de la Bassée, puis en faisant une colo avec les gosses des mines.... tu sais parfois tu parles le chti sans le savoir,

    BRICO GIRL : Merci

    NORZEM : je l'ai retranscris comme je l'ai vu et ressenti, ce qui est marrant ce que l'on pourrait prendre 10 personnes différentes et le récit serait retransmis de 10 façons différentes...

    COMME CI COMME CAT : je me doute qu'en Alsace ça doit être pareil et le coup de la dame qui parle en alsacien à son chien c'est extra... remarque moi je parle souvent hébreu à mon chat!!!

    MAE : Oui j'aime bien mais parfois je me dis que ça risque de vous barber... toi c'est ton côté professeur école qui parle....

    BERAN : Je me doutais bien que tu t'y retrouverais, mais bon pour le cht'i t'es plus calée que moi !!

    HEURE BLEUE : Je redécouvre, j'aime bien, mais je me sens un peu étrangère quand même....

    MONETTE : Viens donc me voir un week-end, tu seras pas déçue !!

    CARELI : Tu n'as pas raté grand chose, je ne suis gère bavarde, puis j'ai moins de temps....

    CHARLICHOU : Oui, faut suivre !!!

    FIGELE : Les gens qui te regardent de travers, pfff tu t'en fous.... moi je trouve ça sympa de cultiver les patois des régions, mais bon, tout en gardant quand même notre belle langue française.....

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  15. Oui le ch'ti j'adore l'écouter quand je monte au siège de ma boite qui se trouve à villeneuve d'ascq... trop rigolo

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