mardi 13 juillet 2010

Bas les masques


Ils distribuent les masques à gaz, quand on est loin ça fait froid dans le dos, ça fait peur, peur pour ceux qui sont là bas, nos amis, notre famille, nos anciens voisins. On culpabiliserait presque d’être ici, bien à l’abri.

Ce n’est pas une distribution anodine, si la défense civile a décidé d’équiper la population Israélienne c’est qu’il y a danger, on pense bien évidemment à l’Iran et à son fêlé de président, Ahmadinejad.

Cette distribution me rappelle des souvenirs, je reviens presque 8 ans en arrière, nous étions installés depuis quelques mois en Israël lorsque nous aussi nous avons été chercher nos masques.

C’était peu avant le début de la guerre avec L’Irak. Nous n’étions pas dans cette guerre mais nous étions, comme d’habitude, une cible idéale. Nous nous étions rendus dans les sous-sols d’un centre commercial et avions reçu nos protections. Trois masques et un masque cagoule pour Rébecca qui n’avait que trois ans. Les masques étaient dans de petites boites en carton rigide que l’on pouvait porter en bandoulière grâce à une lanière plastique très solide. On nous a brièvement expliqué le fonctionnement, on nous a donné un petit livret et on nous a recommandé de ne pas les ouvrir. Des instructions seraient données si jamais il fallait s’en servir. Nos masques étaient accompagnés d’une piqure d’Atropine qu’il fallait s’injecter en cas d’attaque chimique.

Rébecca avait une grande cagoule de protection de couleur jaune avec un petit aérateur intégré afin de lutter contre les grosses chaleurs. Le masque de Marianne qui avait alors 12 ans était légèrement plus petit que le nôtre. Nous avions pour consigne de les stocker dans un endroit rapidement accessible et à l’abri de la chaleur et du soleil.

Je décidais de les garder dans le dressing de notre chambre, ils seraient pratiques à attraper en cas d’alerte la nuit, ce que je redoutais le plus. Des alertes de jour ne me posaient aucun problème, une alerte de nuit signifiait un grand stress pour moi car il faudrait réveiller les filles, enfiler les masques, filer se mettre à l’abri dans la chambre étanche, j’avais peur de ne pas avoir assez de temps, sans compter que j’avais prévu aussi de prendre les animaux avec nous.

En février, nous avons reçu des instructions afin de préparer nos chambres étanches, réserves d’eau, couvertures, radio, nourriture…. Je me suis mise à lire les instructions, surtout en cas d’attaque chimique, sans vraiment préparer quoi que ce soit car Jules était formel, il ne se passerait rien.

J’ai affronté cette période très sereinement, je n’ai jamais eu peur même si parfois le soir en me couchant je me disais que la sirène pourrait se déclencher dans la nuit…. Je me demandais alors comment on réagirait, est ce qu’on aurait le temps…… et je me faisais mon scénario, Jules irait s’occuper de Rébecca pendant que je m’occuperai de Marianne et des animaux.

Est venu le moment où les enfants ont été obligés de se rendre à l’école avec leurs masques. Je crois que c’est ce qui m’a le plus marquée. Voir mon petit bout de trois ans avec son petit paquet en bandoulière se diriger vers son Gane (école maternelle) m’a tout à coup fait penser que les enfants d’ici ne vivaient pas comme les autres et que finalement ils n’étaient jamais vraiment à l’abri. Si le danger ne venait pas du ciel, il venait d’un fou qui se faisait sauter dans un bus (à l’époque il y avait un attentat toutes les semaines)……

Je me suis demandée comment Rébecca vivait tout cela psychologiquement. En fait elle le vivait plutôt bien parce qu’elle n’avait pas tout compris et que finalement elle vivait la même chose que tous les autres enfants de sa classe. Elle était donc dans la normalité……

Je ne me suis pas étendue sur le sujet. Je pense qu’entre enfants ils devaient en parler à l’école et de toutes façons l’institutrice leur avait tout expliqué, il fallait bien que les enfants soient prêts en cas d’alerte. L’hébreu de Rébecca étant encore très rudimentaire, (elle n’avait que 5 mois d’école), je pense qu’elle n’avait peut-être pas tout saisi et ce n’était pas plus mal.

Nous suivions les informations heure par heure, les américains étaient aux portes de Bagdad et Jules m’a dit « si Saddam Hussein doit faire une intervention contre Israël ça sera cette nuit, avant que l’armée américaine ne rentre dans Bagdad, après il sera trop tard ».

J’ai donc préparé la cagoule de Rébecca le soir avant de nous coucher et j’ai expliqué à Rébecca que peut-être on viendrait la réveiller dans la nuit, qu’il ne fallait pas qu’elle ait peur.

Je me suis couchée un peu stressée, une sirène qui retentit dans la nuit c’est pas drôle, ça fait sursauter, surtout quand tout est calme. J’ai pourtant fini par m’endormir et il ne s’est rien passé. Quelques temps plus tard, le danger était écarté, les alertes ont été levées et nos masques ont été relégués au fin fond des armoires.

En 2006 ou 2007, je ne me souviens plus exactement,  ils sont passés dans les maisons pour les récupérer, on était presque inquiets de s’en séparer mais ils nous ont assurés qu’ils allaient les réviser, mettre de nouvelles piqures d’atropine et qu’ils nous seraient rendus dès que nécessaire.

Voilà qu’ils sont distribués et dans certains endroits depuis quelques mois….. Je n’irais pas chercher les miens…. Ils doivent m’attendre quelque part…. Je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est là bas que nous devrions être….. Mais le destin en a décidé autrement.

13 commentaires:

  1. ca fait franchement froid dans le dos!

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  2. Ton récit est plus "parlant" que tous les bulletins d'infos que nous écoutions.

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  3. je n'étais pas au courant de cette évolution... c'est terrible et comme dit Maevina... ça fait froid dans le dos...

    bon mercredi chère Ysa

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  4. Dur de lire ton article mais malheureusement tellement tragique, Des milions de morts, innocents, des familles, à quand la paix?
    Bises et malgré ce qui se passe là bas, heureuse que vous soyez revenu en France
    Bises

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  5. Je partage ta crainte : car on a souvent plus peur pour les autres que pour soi, surtout quand on est loin...
    Tu n'es peut-être pas, comme tu dis, "là-bas", physiquement, mais ton coeur y est, on le ressent tellement dans tes dires. Sois confiante, j'essaie de l'être : que peut-on faire de plus ?
    Je t'embrasse belle blonde-orangée (ex-orangée !)
    Dan.

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  6. Et tu vois, l'illustration de ton sujet (qui symbolise la paix et la liberté en quelques sortes) c'est BIDIOUK la même que j'avais choisie pour mon mémoire à l'école d'infirmière !!! J'avais eu le coup de foudre en voyant cette image, elle me parlait !
    Les grands esprits sont bien faits pour se rencontrer et nous, on l'a fait à plus de 3000 kilomètres de distance... <3<3<3

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  7. MAE: Quand on est pas habitués oui, quand on vit là bas, ça fait partie du décor...

    BRICO GIRL : Oui et le mien n'est pas déformé !!

    FLO : On en parle pas à la TV, faut être un peu initié pour être au courant !!!

    VICTORIA : La paix un jour peut-être, dans des années.... ou peut-être jamais... je n'ai pas la réponse...

    CARELI : C'est vrai qu'en étant ici on est plus stressée qu'en étant sur place parce qu'on a pas toutes les informations.... Ein ma lahassot !!!! Les grands esprits se rencontrent bien sur, le fait que l'on se soit rencontrées est un coup du destin, il y avait une chance minime sur un million que l'on puisse se connaître et hop.... ça a fait tilt !!!

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  8. Eh ben j'avoue que ça me fait un peu frissonner !
    Maintenant... on ne peut pas renier son pays parce qu'il devient dangereux...
    Allez, ici on n'est pas à l'abri des dérapages de la Sarkocratie, mais c'est pas mal non ?

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  9. Hum, bon...Voilà...

    Ne me dis pas que tu regrettes ces masques et ce qui va avec, Ysa ?

    Tu vois, je dis des conneries...^^
    Besos à toi et tous les tiens !
    Jack

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  10. RAINETTE : Tu as raison, on ne renie pas son pays parce qu'il est dangereux....

    JACK LE PIRATE : Mais non tu ne dis pas de conneries... c'est juste que tu as du mal à accepter ce que je dis et je te comprends..... Faut être initié pour comprendre....
    Il y a une phrase que j'aime particulièrement c'est :
    Un homme peut quitter Israël mais Israël ne peut quitter un homme".... elle est tout à fait adaptée pour moi..... Je suis loin mais ce pays est en moi à tout jamais quoi qu'il puisse arriver.....

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  11. Ce sont des choses que nous ignorons ici et te lire nous met le "doigt dessus" ! Quelle angoisse de vivre ainsi ... Une pensée pour tous +++
    Tu étais fataliste et je t'admire. Pour ma part, j'aurais été beaucoup plus angoissée...

    Bisous ma Havera.
    JO

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  12. Comme brico-girl, ici ou sur fb c'est fou les choses que j'apprends...
    Ta sensibilité et l'amour pour ton pays y sont pour quelques choses et j'aime bien voir à travers toi...
    C'est vrai que l'actualité ici, mais je pense en règle générale cela doit être un peu partout pareil, nous fait survoler des sujets brûlants mais sans aucune pédagogie ni explications, alors merci à toi...
    Petite question, Havera c'est joli est ce que cela à une signification particulière???

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